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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/886

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réduction notable sur les droits qui frappent les fers étrangers pourrait donner à cet égard une impulsion salutaire, et ce ne serait pas le moindre service qu’elle nous aurait rendu.

Ce n’est pas ainsi toutefois que les choses se passeront, selon toute apparence, dans le groupe de la Champagne, dont il nous reste à dire quelques mots.

Rien n’égale la richesse minéralogique de cette contrée : elle présente le terrain le plus fertile en minerai de fer qu’on puisse rencontrer dans toute l’Europe. Les minières, qui s’y pressent en quelque sorte les unes sur les autres, sont en général très abondantes, et le minerai qu’on en retire au moyen d’un travail facile exécuté à ciel ouvert y est presque partout de très bonne qualité. Ce groupe réunit en outre dans son sein un ensemble remarquable de conditions naturelles très favorables à l’exploitation. Tout le pays est sillonné de cours d’eau qui sont pour la plupart des affluens de la Marne et qui offrent toutes les facilités désirables pour le lavage du minerai. C’est sur ces cours d’eau que les usines sont assises, et, quoiqu’elles s’y touchent en quelque sorte, elles y trouvent sans exception de belles chutes qui leur procurent des moteurs à bon marché, moteurs peu puissans, il est vrai, mais réguliers, et dont la force effective serait facilement augmentée par un meilleur système de roues hydrauliques. Enfin la castine, condiment nécessaire dans le travail de la fonte, et qui entre ordinairement pour un quart dans la charge totale des hauts-fourneaux, se trouve en abondance dans le lit même des ruisseaux qui traversent les usines, et on l’y ramasse avec si peu de peine et de frais, qu’on ne fait pas même figurer cette dépense dans le prix de revient des produits.

Ces conditions si favorables sont malheureusement gâtées, dans le département de la Haute-Marne, siège principal du groupe, par l’excessive cherté du combustible ; c’est là que s’applique avec vérité, et dans toute sa force, ce qu’on dit souvent, avec assez peu de raison, de la métallurgie française en général. Le charbon de bois y coûte, terme moyen, rendu à l’usine, de 8 à 9 francs les 100 kilogrammes. C’est à peu près le double de ce qu’il coûte dans la plupart des cantons boisés de la Meurthe, de la Meuse, de la Moselle, des Vosges et du Bas-Rhin [1]. Encore ce prix, qu’on peut considérer comme normal, est-il bien souvent excédé quand il arrive que, lors des adjudications annuelles des coupes, les maîtres de forges, pressés par les demandes du commerce, se font une concurrence plus vive. Ce n’est pas que le bois manque dans cette région, les forêts y abondent au contraire ; mais telle est la richesse minéralogique de la contrée, tel est le nombre des usines qui s’y

  1. Il y a même dans ces départemens plusieurs cantons où le bois coûte à peine le tiers de ce qu’il coûte dans la Haute-Marne.