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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/882

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mieux situées pour l’emploi de la houille le soin de convertir cette fonte en fer. A tout événement, elles conserveraient du moins quelques spécialités qui ne sont pas sans importance, par exemple, la production de l’acier naturel, pour lequel l’emploi du charbon de bois est rigoureusement nécessaire, et de certaines qualités de fers, douées de propriétés particulières, que l’emploi de la houille altérerait. Il n’est pas à craindre, par exemple, que le groupe de l’Indre, où le combustible minéral est à peu près inconnu, et où il est permis de croire qu’il sera toujours rare et cher, ne perde pour cela le précieux privilège de fournir au commerce les belles qualités de fers si avantageusement connus sous le nom de fers du Berry. Le groupe du sud-est (Isère) ne renoncera pas non plus à la production de l’acier naturel, qui constitue dès à présent une des principales branches de sa fabrication [1]. Il faut remarquer, en effet, que l’Angleterre, où l’usage de la houille est général dans les forges, ne produit point d’acier naturel et ne produit même en fers que les qualités communes, ce qui l’oblige à demander les autres aux pays étrangers. Qui empêcherait nos forges au bois de se substituer en cela, du moins en partie, à celles de la Suède et de l’Autriche, sur lesquelles elles n’auraient pas de peine à conquérir, si elles le voulaient bien, l’avantage de la supériorité du travail, de manière à compenser la différence du prix du combustible ?

Ce serait d’ailleurs une grave erreur de croire qu’il est absolument nécessaire, pour que des forges subsistent face à face et se fassent concurrence les unes aux autres, qu’elles se trouvent dans des conditions de production parfaitement égales. S’il en était ainsi, la plus grande partie de celles qui existent en France aurait déjà succombé. La supériorité des unes sur les autres constitue seulement pour elles un avantage relatif, qui leur permet de réaliser de plus amples bénéfices, sans nuire en rien à l’existence simultanée de leurs rivales, à moins que la production totale ne soit réellement supérieure aux besoins. La différence de leurs profits n’aboutit même en général qu’à augmenter la rente du fonds. Il en est de cela comme des exploitations rurales, entre lesquelles on remarque des différences si frappantes quant au degré de fertilité du sol. Voit-on par hasard qu’en agriculture les terres médiocres soient incapables de soutenir la concurrence des terres plus fertiles qui les avoisinent ? Non ; pour peu qu’elles soient susceptibles de culture, et d’ailleurs convenablement situées, toutes les terres produisent à peu près aux mêmes conditions, en ce sens du moins que les denrées qui en proviennent sont vendues aux mêmes prix dans les mêmes lieux. L’unique différence qu’on y remarque, c’est que les meilleures ou les

  1. Ce groupe a produit, en 1844, 16,452 quintaux métriques d’acier naturel ; la production totale de la France n’a été, pour cette même année, que de 32,121 quintaux métriques.