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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/824

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vers la plage de Montredon, que la courbure de la côte défend de tous : les vents, excepté de ceux de l’ouest. A douze cents mètres de terre, la mer a dans ces parages de douze à quinze mètres de profondeur, et une digue de deux kilomètres formerait une rade parfaite de deux à trois cents hectares, aussi voisine du port de Marseille que l’est le Frioul ; elle servirait de prolongement à la petite rade d’Endoume, et, si l’on revenait alors au projet, à regret ajourné, de l’ouverture d’une passe nouvelle du port à l’anse d’Endoume, tous les dangers de l’entrée et de la sortie de Marseille seraient écartés ; les navires gagneraient la haute mer ou accosteraient la terre avec une égale facilité. Je ne sais si, en réunissant, par la plus magnifique avenue qui soit en Europe, la ville à la plage de Montredon, les auteurs de la promenade du Prado ont voulu aller au-devant de cet avenir ; mais les complémens naturels de l’établissement maritime de Marseille pourront donner au Prado la perspective d’une forêt de mâts de vaisseaux et amener sur cette plage le principal faubourg de la ville. Ce ne sera pas la première fois qu’en cherchant le beau, on aura trouvé l’utile.

Cette ville, fondée cent cinquante ans après Rome, cent vingt ans.avant la bataille de Salamine, qui, avant qu’Alexandrie existât, partageait avec Carthage le commerce du monde connu, cette ville n’est pas, comme on devrait s’y attendre, couverte des monumens de son opulence et de son antiquité ; elle est, sous ce rapport, plus pauvre que beaucoup de nos villes de troisième ordre. Les Marseillais d’autrefois n’ont élevé ni temples, ni palais somptueux, comme leurs rivaux de Pise, de Gênes et de Venise ; ils n’ont eu ni le luxe ni le goût des arts ; ils semblent avoir dédaigné tout ce qui n’était pas d’une utilité immédiate, et n’avoir connu des jouissances de la richesse que celle de la créer et de la répandre. La vieille ville porte l’empreinte de ce caractère de son histoire ; la nouvelle, dans son élégance aisée, appelle plusieurs de ces grands édifices publics dont l’usage est une nécessité, et la magnificence un légitime sujet d’orgueil et de satisfaction pour une grande cité. Ce pays catholique n’a point de cathédrale ; cette ville de près de 200,000 ames n’a point d’hôtel-de-ville ; cette métropole du commerce de la Méditerranée n’a pas de bourse, et ses établissemens commerciaux, au lieu d’être réunis dans un palais, sont disséminés dans d’obscurs réduits. Si l’on reprochait à l’administration actuelle l’ajournement de ces constructions, elle répondrait par la priorité due à des besoins plus urgens. La Halle, disait Napoléon, est le Louvre du peuple ; celui de Marseille, il faut en convenir, n’a pas, sous ce rapport, été traité en souverain, et il attend que les finances municipales soient exonérées des charges que leur impose l’entreprise, peut-être inconsidérément abordée, du canal de la Durance. Le premier besoin d’une ville dont la population et l’industrie prennent un si rapide accroissement