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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/821

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les nombreux projets qui ont été présentés pour l’agrandissement de l’établissement maritime de Marseille, il faudra bientôt se décider à les exécuter tous.

Le port proprement dit ne constitue pas tout cet établissement. Plus un atterrage est fréquenté, plus il est nécessaire aux navires qui l’abordent ou le quittent de trouver à proximité des refuges contre les tempêtes et des mouillages où ils puissent attendre des vents favorables ; un grand port de commerce n’a guère moins besoin de rade qu’un port militaire.. De l’île de Maire au cap Couronne, le golfe de Marseille est bordé d’une côte de fer, et la nature parcimonieuse ne l’a doté que d’un petit nombre d’abris imparfaits. C’est une raison de ne négliger aucune des ressources de l’art et de réaliser, si légères qu’elles soient, toutes les améliorations que comporte la disposition des lieux. Des dépenses, injustifiables partout ailleurs, seront ici, en raison de la multitude des navires appelés à en profiter, d’une haute utilité.

L’on donne par courtoisie le titre de rade à l’anse de l’Estaque, située au fond septentrional du golfe, et à celle sur laquelle débouche le port : l’une est battue en plein par les vents de sud, l’autre par les vents d’ouest. Une quinzaine de bâtimens peuvent, en raison de la bonté du fond, mouiller en sûreté sous les roches d’Endoume ; quelques vaisseaux tiendraient même entre la plage de Montredon et Pomègue, mais il n’y a dans le golfe d’abris passables que ceux que procurent les îles. Le plus considérable est celui du Frioul, fretum Julii, situé entre celles de Pomègue et de Ratonneau. C’est là que stationnait, pendant le siège de Marseille, l’escadre de César, commandée par Decimus Brutus [1]. Ce point a tout-à-fait changé d’aspect depuis vingt-cinq ans. On a fermé par une digue de trois cents mètres le canal qui sépare les deux îles, et l’on a de la sorte formé, en face de la ville, un port de vingt hectares. Cette entreprise est incontestablement la plus utile à la navigation qu’ait exécutée la restauration [2]. Cependant elle a laissé le Frioul ouvert aux vents d’est, et les navires y sont souvent horriblement fatigués par la houle. La loi du 5 août 1844 a pourvu, par une allocation de 1,880,000 francs, à l’établissement de deux jetées partant, l’une de l’île de Ratonneau, l’autre de celle de Pomègue. L’effet de ces travaux sera de procurer au port un calme parfait et d’y ajouter dix hectares d’une profondeur de 10 à 14 mètres.

Le Frioul est réservé aux bâtimens en quarantaine ; mais aujourd’hui que, grace aux conquêtes de l’esprit positif sur l’ancien domaine de l’imagination,

  1. … Ad nostras naves procedunt, quibus pruaerat D. Brutus. Hae ad insulam quae est contra Massiliam stationem obtinebant. (De Bello civili, I, 56.)
  2. Elle a été décidée par une ordonnance du 5 juin 1821. La digue et les quais ont coûté 1,730,000 fr., l’hôpital 638,000 fr., et sur ces 2,368,000 fr. la ville et la chambre de commerce de Marseille ont fourni un million.