Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/81

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


distinction ; ils sont maîtres passés en cette facile théologie, dont le vagabondage ne couvre pas toujours le vide. Ils auraient bien du malheur, si, dans la moindre notice, dans la dissertation la plus spéciale, ils ne trouvaient à parler de l’œuvre des sept jours, de l’unique Adam et de la langue révélée : c’est le frontispice obligé de leurs livres, c’est la croix de par Dieu en tête de leur alphabet. Entre gens qui se soutiennent, il est bon de se reconnaître, et il n’est pas mauvais, quand la science se met en campagne, que la science ait, comme la guerre, des mots de passe et des signes de ralliement. Il n’y a point à s’y tromper, et, pour qui aurait l’entendement un peu rebelle, on a simplifié davantage encore : il ne s’agit dans votre ouvrage ni du XIe siècle ni du XVIe ; mais vous avez rencontré quelque bonne occasion de dire saint Grégoire VII, et vous avez prouvé la vocation catholique de la France par les mérites à jamais nationaux de la très sainte ligue : frappez là, vous êtes des nôtres.

On peut, jusqu’à certain point, analyser ainsi les traits principaux de ces curieuses figures qui commencent à s’élever de toutes parts dans le monde des doctes ; je renonce à rendre l’ensemble de si précieuses physionomies, — ce mélange de suffisance béate et d’orgueil doucereux qui se trahit par mille endroits presque insaisissables, — ce sourire humble et superbe qui annonce à première vue qu’on est de bonne compagnie, qu’on a de la vertu, du talent, et qu’on aura de la gloire, — ce parfum de pédantisme qui sent tout à la fois le salon et le cloître, pédantisme bien autrement cruel que celui des Trissotin et des Vadius. Un Vadius connaît admirablement le grec, un autre sait par cœur tout le Corpus juris ; cet autre encore a la mémoire peuplée de noms propres et de dates : pédans, soit, insupportables pédans dont les doigts sont tachés d’encre. Mais voir des gens se gourmer, se guinder sur eux-mêmes parce qu’ils s’attribuent de leur chef beaucoup mieux assurément que cette science matérielle des faits, la science infuse des principes ; voir ces gens-là, drapés dans leurs théories, décider des questions les plus ardues avec cette fatuité tranchante d’un puriste qui juge un point de grammaire, n’est-ce pas de quoi blesser les plus patiens ? Ils découvrent généralement ce que n’ignorait personne : qu’importe ? ils ont une façon d’envisager les choses qui les leur approprie, et quand, l’œil à moitié fermé, les lèvres pincées, la voix caressante, ils entrouvrent leur petit trésor inédit, murmurent modestement : « Ce n’est pas ici simple affaire d’érudition, c’est tout un système en jeu, le grand système que vous savez ! » soyez sûr, vous qui les écoutez, qu’on va vous révéler ou même vous résoudre quelque grave problème dont vous n’étiez point en quête ; demandez-vous seulement à la fin ce que ces trop sublimes historiens, ces trop grandioses philosophes vous ont appris