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le fret ferait plus que doubler, et la consommation de combustible s’accroîtrait dans la même proportion. Il y aurait alors entre les avantages des deux ports toute la différence qui existe, quand la mer n’est pas libre, entre les ressources intérieures et celles qu’il faut attendre du dehors.

Si l’on ajoute que, pour les trente mille soldats de l’armée d’Afrique qui chaque année arrivent ou partent par la vallée du Rhône, il y a de Bouc à Toulon cinq étapes à épargner, que le matériel d’artillerie et les immenses approvisionnemens de guerre qui vont par terre s’embarquer à Toulon pour l’Algérie descendraient par eau jusqu’à Bouc et se transborderaient sans frais du bateau sur le navire, on calculera facilement combien là marine et l’armée gagneraient à établir par Bouc leurs correspondances avec l’Afrique.

Les fers et le combustible devant toujours être à Bouc à meilleur marché qu’à Toulon, les économies applicables à la marche des bateaux à vapeur se reproduiraient dans une grande partie des frais de leur construction et de leur entretien. Il importe peu que l’état ne s’arrête pas à cette considération ; il prend aujourd’hui le sage parti de demander ses bâtimens à vapeur à l’industrie privée, et celle-ci saura bientôt reconnaître quels immenses avantages présente le port de Bouc pour cette sorte de constructions. Il est très probable qu’il ne se passera pas un grand nombre d’années avant que le bon marché de la main-d’œuvre et des matières premières y détermine la formation du premier chantier de marine à vapeur de la Méditerranée.

Je m’abuse beaucoup s’il n’est pas permis de conclure des détails qui précèdent que, tel qu’il est projeté, le canal du port de Bouc à la mer de Berre satisfait aux besoins du présent, et se prête à toutes les améliorations que peut comporter l’avenir. Avec 3 mètres d’eau à la basse mer, il admettra les bâtimens de 200 tonneaux. La largeur du canal, qui est de 75m50, permettra, quand on le jugera convenable, d’en porter par de simples draguages la profondeur à 6 mètres. C’est tout ce que comporte l’état de l’entrée du port, et encore, pour mettre le bassin de Bouc lui-même en rapport avec le canal ainsi creusé, faudrait-il y faire un curage assez dispendieux ; mais si, contre toute probabilité, il paraissait un jour utile de donner au canal la profondeur nécessaire à la circulation des vaisseaux de haut bord, il y aurait un premier soin à prendre : ce serait de leur ouvrir l’entrée même du port de Bouc, et pour cela il ne s’agirait de rien moins que d’extraire à la poudre, sous 5 à 10 mètres d’eau, 110,000 mètres cubes de la roche des Tasques. Combien d’argent, combien de temps une semblable opération exigerait-elle ? Aucun ingénieur expérimenté ne se hasardera à le prédire, et nous pouvons, sans être accusés de timidité, la léguer à nos neveux.

Il semble que les obstacles accumulés entre Arles, la mer de Berre