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ont pour elle de la bienveillance, et ils voient non-seulement sans ombrage, mais avec satisfaction, ce qui lui donne de la force. La politique de la France dans les affaires d’Espagne a eu leur adhésion, et sous ce rapport cette politique nous a grandis en Europe. Dans cette manière de juger et de peindre la situation, y a-t-il plus de sujets d’inquiétude que de motifs de sécurité ?

C’est ce que se demandait la chambre pendant que M. Guizot occupait la tribune. Dans d’autres circonstances, la majorité pouvait pressentir d’avance ce qu’allait dire M. le ministre des affaires étrangères ; cette fois elle l’écoutait d’autant plus avidement qu’elle cherchait dans ses paroles l’indication précise de la ligne que le gouvernement entendait tenir au milieu de conjonctures dont il avouait la gravité. Il y a eu des impressions différentes, il y a eu de l’étonnement. Pendant que les uns accueillaient avec satisfaction les développemens de l’orateur, d’autres se demandaient si cette allure si résolue n’avait pas ses périls : les paroles prudentes, les sages réserves qui servaient de contre-poids à certaines hardiesses, ne les rassuraient pas entièrement. Avant l’ouverture de la session, nous énumérions, parmi les difficultés qui attendaient le cabinet, l’obligation où il se trouverait de faire accepter à la majorité la situation, la politique nouvelle dont de graves événemens extérieurs faisaient aujourd’hui une nécessité. On ne saurait reprocher à M. le ministre des affaires étrangères d’avoir abordé cette tâche d’une manière indécise et craintive. Il a porté dans ses explications une fermeté réfléchie, il s’est fié à sa supériorité comme orateur, comme tacticien parlementaire, pour ne pas dépasser les limites qui séparent la franchise de la témérité. D’autres peut-être auraient mis leur sagesse à éviter la lutte il a pensé qu’il était habile de l’accepter.

Unanime pour approuver le fond de la politique suivie en Espagne, la chambre ne l’a pas moins été pour condamner le coup d’état qui a frappé Cracovie. Là il y avait dans toutes les ames un sentiment commun, et, comme l’a dit avec beaucoup de justesse un honorable député, M. le comte Roger du Nord, là le débat n’est plus entre les diverses opinions qui se partagent la chambre et le pays, mais entre nous et les étrangers. La chambre a voté sans amendement le paragraphe du projet d’adresse où elle proteste contre la violation des traités. C’est ce que nous avions désiré. Nos exigences n’allaient pas jusqu’à demander que la chambre votât le paragraphe sans commentaires : nous ne sommes donc pas étonnés que M. Odilon Barrot n’ait pas tenu exactement le même langage que les organes du gouvernement et de la majorité ; chacun est resté dans son rôle, dans sa situation, mais il y a eu accord dans le blâme énergique dont la chambre a frappé la spoliation de Cracovie. C’était l’essentiel. Maintenant, quelle pensée devait exprimer la chambre sur la durée de la paix générale ? Devait-elle prendre l’initiative de la défiance dans l’avenir pacifique de l’Europe ? M. le ministre des affaires étrangères a rappelé, avec raison que la confiance dans la paix avait été hautement exprimée en Angleterre par la couronne et le parlement. « Partout, en Europe, a ajouté M. Guizot, cette confiance existe : vous seriez les premiers à venir la mettre en doute ! est-ce le rôle que vous voulez jouer ? Tenez pour certain que cette conviction générale est le gage le plus sûr de la paix. Gardez-vous de l’ébranler ! Vous seriez en opposition avec l’opinion de l’Europe, en opposition avec votre propre pensée, » Voilà le vrai. Personne