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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/773

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cueillie à la chambre par un grand nombre de députés. Après la publicité qu’avait reçue la dépêche du 25 septembre, M. Guizot s’est cru en droit de dire à la tribune que M. l’ambassadeur d’Angleterre avait mal entendu et mal rendu sa pensée. Qu’a fait lord Normanby ? Il a écrit à son gouvernement qu’il maintenait l’exactitude de sa rédaction, et lord Palmerston lui a répondu qu’il avait la plus entière confiance dans la véracité de ses rapports. Il nous semble qu’un personnage aussi justement considéré que M. l’ambassadeur d’Angleterre pouvait se passer de cette espèce de certificat. Nous déplorons profondément ces mésintelligences entre les deux cours de Saint-James et des Tuileries. Par quelle fatalité M. le marquis de Normanby, qui paraissait d’abord animé des sentimens les plus concilians, a-t-il donné imprudemment des armes au mauvais vouloir de lord Palmerston ? Sans doute un ambassadeur doit la vérité à sa cour ; mais encore une fois, à une époque de publicité indiscrète comme la nôtre, il ne saurait avoir trop de prudence et de mesure, surtout quand il adresse ses communications à un ministre passionné. Lord Normanby semble l’avoir senti lui-même, s’il est vrai, comme on l’assure, qu’il ait écrit à lord Palmerston pour le prier de ne pas livrer à la publicité sa dépêche du 25 septembre. On voit qu’avec plus de réflexion, avec plus d’expérience, diplomatique, tous ces inconvéniens eussent pu être évités. Néanmoins, si regrettables que soient toutes ces difficultés, il ne faut pas se les exagérer. Il n’est plus donné à des questions de forme et d’étiquette de devenir des causes de rupture et de guerre. Nous croyons qu’en dehors du Foreign-Office on est peu préoccupé à Londres de toutes ces susceptibilités de diplomate, et la violence avec laquelle quelques organes de la presse anglaise ont accueilli le dernier discours de M. Guizot ne nous fait pas changer d’avis. Ces colères n’agitent pas les masses. Dans les régions élevées des partis politiques, la conduite de lord Palmerston, sans être approuvée au fond, ne peut être publiquement l’objet d’aucune critique, on le comprend. Sur ce point, l’Angleterre nous donne un excellent exemple. Toutefois la politique, l’attitude de lord Palmerston, sont appréciées peu favorablement par les hommes les plus considérables. Qu’on se rappelle avec quelle hauteur lord Aberdeen demandait ces derniers jours, au sein du parlement, quand finiraient les élucubrations diplomatiques du ministre whig sur la question d’Espagne. Les tories ont plus que jamais le droit de juger sévèrement la manière dont lord Palmerston conduit les affaires extérieures de la Grande-Bretagne.

Il ne suffisait pas au cabinet, s’exprimant par l’organe de M. Guizot, de répondre aux critiques de l’opposition : il avait une autre tâche à remplir ; il devait apprendre à la chambre comment lui-même appréciait la situation. M. le ministre des affaires étrangères n’a pas voulu en dissimuler la gravité. Aujourd’hui le dissentiment entre la France et l’Angleterre est réel, et il faut s’attendre à voir le gouvernement anglais continuer ses efforts pour gagner les puissances continentales à sa politique sur la succession d’Espagne. Quant à nos rapports avec ces puissances, « si nous ne pouvons compter sur leur sympathie, nous pouvons compter sur leur sagesse, leur intelligence et leur intérêt bien entendu. M. Guizot a apprécié dans le même esprit que M. Thiers l’importance des états secondaires pour l’équilibre de l’Europe. Comme la France n’annonce aujourd’hui ni ardeur de propagande, ni ambition de conquêtes, les états secondaires