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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/752

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le mot récent de lord Palmerston que, si les traités sont détruits sur la Vistule, ils n’existent plus sur le Pô ? Pourquoi la Prusse, abdiquant une fois de pins devant la Russie, lui a-t-elle fourni le meilleur des argumens pour préparer l’incorporation des principautés danubiennes, et a-t-elle infirmé la valeur du seul titre en vertu duquel elle-même possède la moitié de la Saxe et les provinces rhénanes ? Comment enfin tout cela s’est-il consommé au moment où l’état intérieur de la Suisse semblait commander de ménager le bon vouloir de la France, et d’où vient qu’on a fait une pareille réponse aux efforts tentés depuis si long-temps par celle-ci pour faire prévaloir dans toutes les grandes affaires la doctrine de l’entente et du concert européen ?

Pour répondre à ces questions, il faut se rendre un compte exact de la situation de la France vis-à-vis des grandes cours continentales et du besoin qu’éprouvent celles-ci de maintenir entre elles, en toute circonstance et à tout prix, la plus étroite solidarité.

Il est pénible sans doute d’être amené à constater l’isolement de la France, après d’aussi longs efforts pour se rapprocher des puissances continentales, et d’avoir à envisager les conséquences d’une collision possible avec l’Angleterre, lorsqu’on a si long-temps posé en principe que des rapports d’intimité avec le cabinet britannique pouvaient seuls assurer la paix du monde ; mais des assurances plus ou moins fondées, des formules plus ou moins exactes, n’empêchaient pas la France d’être en réalité à peu près aussi isolée dans son action par le passé qu’elle pourra l’être dans l’avenir, et les deux faits qui viennent de se produire ont dissipé des illusions plutôt qu’ils n’ont créé des périls nouveaux ils ont révélé la situation plutôt qu’ils ne l’ont changée.

La conférence de Londres, au sein de laquelle siégeait un représentant de la France, s’était efforcée, il est vrai, d’amortir par une action commune le contre-coup et la portée du mouvement de juillet ; mais de ce qu’on mit, après 1830, de l’empressement à enlacer la révolution dans un réseau diplomatique, il n’en faudrait pas conclure que l’Europe fût disposée à se rapprocher de nous et à confondre ses efforts avec les nôtres. Ce qui est vrai du continent ne l’est guère moins de l’Angleterre. L’alliance anglaise, toute sincère qu’elle fût entre les deux maisons royales et même entre les deux peuples, n’empêcha jamais les deux gouvernemens de différer profondément sur les principales questions de la politique contemporaine. Le ministre éminent qui considère comme un titre d’honneur sa persévérance de seize années dans la pensée de l’alliance, M. Guizot, a toujours reconnu que les intérêts des deux ; pays n’étaient pas moins opposés en Grèce, en Syrie, au Maroc, en Espagne, que dans les lointaines contrées, où notre influence religieuse et commerciale est allée heurter l’influence de la Grande-Bretagne. Dans toutes ces questions qui sont les plus grandes, pour ne