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unanime on est résolu à ne pas tirer l’épée, se complaire à argumenter contre un ministre ou contre un rapporteur, comme s’il s’agissait de faire passer une thèse à un licencié en droit, et d’éprouver leur sagacité sur des questions délicates, c’est là un procédé tout au moins irréfléchi. En Angleterre, le parlement aurait décliné un tel débat.

D’ailleurs, le droit strict, reconnu par les publicistes, ne dégagerait la France qu’envers les trois gouvernemens qui ont abrogé l’article 6 de l’acte principal de Vienne ; or, cet acte a été signé par huit puissances, dort une proteste aussi vivement que nous-mêmes. Peut-on prétendre dès-lors que les traités de 1815 sont infirmés dans ce qui se rapporte à la fixation des limites territoriales, et ne voit-on pas qu’en soutenant une pareille doctrine on soulèverait contre soi tous les états dont les titres y sont consignés, depuis les monarchies du premier ordre jusqu’au duché de Lucques et à la principauté de Waldeck ? Professer d’un côté le respect de toutes les nationalités et maintenir de l’autre que les traités de Vienne n’existent plus, ce serait faire, qu’on y prenne garde, deux choses contradictoires. C’est par l’effet de ces traités que la Belgique, la Westphalie, l’Allemagne rhénane, le royaume d’Italie, et généralement tous les pays réunis par Napoléon, ont échappé à la France. Nous tenir pour affranchis des conventions de Vienne serait donc remettre en question des faits irrévocablement accomplis et rendre à la calomnie les armes qu’il nous importe tant de lui ôter. Ces traités ont consacré sans doute de vieilles usurpations et en ont consommé de nouvelles : il suffit de rappeler la Pologne, la Saxe, la Norwége, Gênes, Venise ; mais, en ce qui concerne la France, leur effet a été de la faire rentrer dans ses anciennes limites, et c’est le sens principal que leur attribue l’Europe du moins par rapport à nous. Prenons donc garde d’alarmer les peuples en voulant nous venger des cabinets, et sachons, tout en protestant dans des termes dont les événemens fixeront la mesure, conserver un milieu également éloigné de la faiblesse et de la témérité.

Quoi qu’il en soit, cette incorporation secrètement préparée semble un épisode de la politique du dernier siècle furtivement transporté dans le nôtre : il s’est accompli au mépris d’assurances réitérées et contrairement à l’intérêt de deux des cours, qu’il a contraint à la fois au mensonge et à la violence. Comment, pour échapper à l’embarras de Cracovie, moins sérieux pour eux que ne l’a été pour la France l’agitation du département de l’Indre, que ne l’est pour l’Angleterre la moindre insurrection de l’Irlande, ces trois gouvernemens ont-ils pu blesser aussi profondément la conscience publique et réveiller l’odieux souvenir des partages de la Pologne, en allant remuer les reliques d’un grand peuple jusque dans la tombe où la piété de l’Europe les avait enfermées ? Comment l’Autriche n’a-t-elle pas eu présent à la mémoire