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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/731

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à l’habitude de tremper dans l’eau froide ses mains et ses pieds tous les matins et tous les soirs en faisant ses prières ; mais elle faisait peu de cas de mes préceptes d’hygiène et n’avait consenti qu’à s’abstenir de la teinture de henné, qui, ne durant que cinq à six jours environ, oblige les femmes d’Orient à renouveler souvent une préparation fort disgracieuse pour qui la voit de près. — Je ne suis pas ennemi de la teinture des sourcils et des paupières ; j’admets encore le carmin appliqué aux joues et aux lèvres ; — mais à quoi bon colorer en jaune des mains déjà cuivrées, qui dès-lors passent au safran ? Je m’étais montré inflexible sur ce point.

Ses cheveux avaient repoussé sur le front ; ils allaient rejoindre des deux côtés les longues tresses mêlées de cordonnets de soie et frémissantes de sequins percés (de faux sequins), qui flottent du col aux talons, selon la mode levantine. — Le taktikos festonné d’or s’inclinait avec grace sur son oreille gauche, et ses bras portaient enfilés de lourds anneaux de cuivre argenté, grossièrement émaillés de rouge et de bleu, parure tout égyptienne. D’autres encore résonnaient à ses chevilles, malgré la défense du Coran, qui ne veut pas qu’une femme fasse retentir les bijoux qui ornent ses pieds.

Je l’admirais ainsi, gracieuse dans sa robe à rayures de soie et drapée du milayeh bleu, avec ces airs de statue antique que les femmes d’Orient possèdent sans le moins du monde s’en douter. — L’animation de son geste, une expression inaccoutumée de ses traits, me frappaient par momens, sans m’inspirer d’inquiétudes ; — le matelot qui causait avec elle aurait pu être son grand-père, et il ne semblait pas craindre que ses paroles fussent entendues.

— Savez-vous ce qu’il y a ? me dit l’Arménien, qui, un peu plus tard, s’était approché des matelots causant entre eux ; ces gens-là disent que la femme qui est avec vous ne vous appartient pas.

— Ils se trompent, lui dis-je ; vous pouvez leur apprendre qu’elle m’a été vendue au Caire par Abd-el-Kerim, moyennant cinq bourses. J’ai le reçu dans mon portefeuille. Et d’ailleurs cela ne les regarde pas.

— Ils disent que le marchand n’avait pas le droit de vendre une femme de religion musulmane à un chrétien.

— Leur opinion m’est indifférente, et au Caire on en sait plus qu’eux là-dessus. Tous les Francs y ont des esclaves, soit chrétiens, soit musulmans.

— Mais ce ne sont que des nègres ou des Abyssiniens ; ils ne peuvent avoir d’esclaves de la race blanche.

— Trouvez-vous que cette femme soit blanche ?

L’Arménien secoua la tête d’un air de doute.

— Écoutez, lui dis-je ; quant à mon droit, je ne puis en douter, ayant