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pour l’exercice de ce pouvoir, et, je le dis hautement, de la soutenir, si son concours devenait nécessaire, pour que le signe représentatif offrît une parfaite sécurité. C’est, en effet, la chose publique, plus encore que la Banque elle-même, qui est intéressée à ce que le signe représentatif n’éprouve aucune perturbation. Un désordre dans le signe représentatif prend presque aussitôt le caractère et les proportions d’un désordre social. On explique et on justifie ainsi sans réserve la sollicitude empressée que témoigne le gouvernement britannique pour la banque d’Angleterre à l’endroit de la circulation, parce que la banque d’Angleterre joue, dans l’agencement du signe représentatif des valeurs, un très grand rôle, beaucoup plus grand que celui qu’a chez nous la Banque de France, mais non qu’il appartiendrait à celle-ci. Dans le royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, contre 750 millions d’espèces environ, il y a près d’un milliard de billets, dont 450 à 500 millions de la banque d’Angleterre. Chez nous, contre 2 milliards et demi à 3 milliards d’écus, il n’y a que 355 millions de billets de banque, dont 268 de la Banque de France ou de ses comptoirs, et 86 des banques départementales indépendantes. En d’autres termes, pour 1,000 fr. de numéraire métallique, il y a dans le royaume-uni environ 1,300 fr. en billets de banque, dont 600 de la banque d’Angleterre, et chez nous 140 fr. seulement, dont 105 de la Banque de France. Le système avoué aujourd’hui du gouvernement anglais est de faire disparaître tous les billets des banques locales, en y substituant ceux de la banque d’Angleterre. Celle-ci est une banque de circulation d’abord, une banque d’escompte secondairement ; car, avec toute sa puissance, la banque d’Angleterre n’escompte quelquefois que la moitié ou le tiers [1] de la Banque de France. C’est en avances au gouvernement, surtout en retour des bills de l’Échiquier, qu’elle émet ses billets. En sa qualité essentielle de banque de circulation, elle a des obligations particulières, et c’est ainsi qu’il faut expliquer les variations qu’elle a pu souvent faire subir au taux de son escompte, en tant que ces variations ont été judicieuses. Son premier objet étant de maintenir dans la circulation du pays un certain équilibre entre les écus et les billets, lorsqu’elle juge que ses billets sont dans une trop forte proportion relativement à l’or, qui est, comme on sait, le seul métal considéré comme monnaie légale en Angleterre, elle élève le taux de son escompte afin

  1. La masse annuelle des escomptes de la banque d’Angleterre présente de grandes inégalités. On l’a vue monter à 1,500 millions de francs en 1815, par exemple, et descendre à 145, comme en 1826. Plus habituellement, c’était de 300 à 350, pendant que les escomptes de la Banque de France étaient de 400 à 650 millions. En 1846, les escomptes de la Banque de France et de ses comptoirs, sans les autres avances au commerce, ont été au-delà de 1,425 millions de francs. Jusque-là ils n’étaient jamais montés aussi haut. Ils se sont beaucoup développés depuis dix ans.