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plus loin encore dans la même direction, en s’éloignant des bords du Murray, et atteignit des plaines sablonneuses aussi unies que l’océan. Une exploration beaucoup plus longue, beaucoup plus périlleuse, vient d’être accomplie par le docteur allemand Leichardt, suivi de sept ou huit compagnons. Partis de Moreton-Bay, au nord de Sydney, ces hardis voyageurs se sont rendus par terre, après seize mois de marche, à la nouvelle colonie du Port-Essington. La relation publiée tout récemment [1] par le docteur Leichardt contient des renseignemens précieux sur la configuration du territoire. Il est désormais constant que le rayon des terres fertiles n’est pas seulement confiné sur le rivage de la mer. Toutefois cette course audacieuse laisse subsister les incertitudes premières sur la nature du centre même de l’Australie. Les voyageurs n’ont pas pu pénétrer assez avant dans les terres ; ils ne se sont guère éloignés de plus de 400 kilomètres de l’Océan, faute de moyens pour frayer leur route à travers un district montagneux. Il appartiendrait au gouvernement anglais de préparer une expédition sur une échelle plus large et en profitant de l’expérience acquise par de courageux essais. Comme la Nouvelle-Hollande est beaucoup plus étendue de l’est à l’ouest que du nord au midi, il paraîtrait sage de s’avancer dans ce dernier sens, afin de parvenir au milieu de l’île par la route la plus courte. Le golfe de Carpentarie, profonde échancrure de 500 kilomètres que la nature a pratiquée dans les rivages du nord, conviendrait pour point de départ ; mais on ne devrait pas se diriger vers le sud en ligne droite, car le but serait manqué. Trop rapprochée de l’est, l’expédition ne passerait pas au centre du pays. Il faudrait suivre la direction du sud-ouest, de manière à venir toucher à la côte méridionale, entre Adélaïde et Albany. Alors seraient définitivement éclaircies les hypothèses gratuites qui ont eu cours sur la nature du sol intérieur de la Nouvelle-Hollande, sur l’existence d’une mer centrale et sur certaines variétés de la race indigène. Un pareil voyage ouvrirait de nouveaux horizons à l’ethnographie, à la géographie et à toutes les sciences physiques. Il serait, en outre, assez utile à l’œuvre que poursuit l’Angleterre pour mériter une allocation sur le budget de la métropole.


III.

Trois variétés de la race humaine, ayant chacune un cachet très distinct, se rencontrent aujourd’hui dans l’Australie connue : les aborigènes, les Européens, et les métis, qui peuplent surtout les îles du détroit de Bass.

Tous les naturels de la Nouvelle-Hollande appartiennent à la famille des nègres océaniens, dont la première origine est absolument inconnue.

  1. Voyez la Colonial Gazette du mois d’août dernier.