Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/643

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


morphoses notre ignorante religieuse, qui se contenta de rêver et de conquérir le renom d’un flibustier. Le parallèle peut cependant s’établir sur un point délicat et singulier. N’avez-vous pas souri quand cette nonne bizarre, après avoir tué, volé, et, je le crains, triché, après avoir toute sa vie couru les grands chemins, est venu parler aux évêques et au pape de ses vertus pudibondes ? Le chevalier d’Éon, après avoir fait grand bruit de ses bonnes fortunes, dont il tirait, à ce qu’on peut présumer, un fort mince parti, contraint à quarante ans de jouer le rôle d’une femme, prit son masque au sérieux et endossa avec l’habit toute la modestie du beau sexe. La pudeur vint rougir pour la première fois le front pâli de l’ex-capitaine de dragons, et il existe quelque part une lettre de la nouvelle chevalière à la supérieure de la maison de Saint-Denis, où elle expose, à la manière de Catalina, ses chastes prétentions.

C’est assez de rapprochemens. L’histoire de ces êtres exceptionnels heureusement fort rares peut nous amuser un instant ; mais il convient de laisser en paix à leur sujet les législateurs, les naturalistes, les philosophes. M. de Ferrer n’aurait-il point pris la peine de démontrer avec tant de patience, preuves historiques en main, l’existence de la monja alferez, je ne m’en inquiéterais guère. À mon avis, si les mémoires de Catalina sont intéressans, fussent-ils apocryphes, j’ai eu raison de les tirer de l’oubli ; si, au contraire, ils sont ennuyeux, quoique authentiques, j’ai eu tort, et, avec la bonhomie des vieux auteurs espagnols que je me suis proposés aujourd’hui pour modèles, j’en demande bien pardon au lecteur.


Alexis de Valon.