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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/631

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« Ce petit oiseau, ma mère, qui chante dans le vert olivier, dites-lui, pour Dieu, de se taire ; son chant me navre.

« Je ne suis plus déjà celle que j’étais, celle que je fus toujours ; je suis un tableau de la tristesse accroché à un mur.

« Je suis amoureux de l’air, de l’air d’une femme ; et, comme la femme est de l’air, je vis dans l’air. »

Le corrégidor écoutait avec émotion ; il songeait sans doute à la patrie absente. L’alcade regardait et pensait. L’alferez était fatigué, il étouffait de temps à autre un bâillement. Vers onze heures, doña Maria congédia les visiteurs. Le corrégidor sortit le premier avec l’alcade, tandis que l’alferez cherchait son chapeau et que Calderon s’attardait aussi, comme s’il lui manquait quelque chose. Au moment où don José (pour donner à l’alferez son nouveau nom) allait s’éloigner, il vit doña Maria debout promener de Calderon à la porte ouverte un regard furtif et souffler presque en même temps une des lumières, pantomime qu’en tout temps et en tout pays les amans ont traduite ainsi : Vous entrerez par là dès qu’il fera sombre ici. Calderon fit un signe affirmatif imperceptible et sortit avec don José. Ils descendaient les marches du perron, lorsque doña Maria parut à son tour déclarant qu’elle voulait respirer un instant dans le jardin. Elle les accompagna jusqu’à la porte, qu’elle se chargea de fermer elle-même. En passant près d’un massif qui bordait le mur, l’alferez crut voir briller dans l’ombre deux yeux étincelans ; il entendit dans le feuillage un frôlement et comme le bruit d’un pas rapide. — Qu’est-ce que cela ? dit doña Maria. — C’est un oiseau qui s’envole, répondit Calderon.

Cinq minutes plus tard, l’alferez, et son compagnon arrivaient à leur auberge et gagnaient leurs chambres. Un quart d’heure ne s’était pas écoulé que la porte de Calderon se rouvrit sans bruit, et l’heureux galant, enveloppé d’un manteau sombre, se glissa hors de la maison. Sur le seuil, il se trouva nez à nez avec l’alferez, qui l’avait précédé. « Excusez l’indiscret, murmura celui-ci ; mais je tiens à vous dire que l’air de la nuit est malsain pour vous aujourd’hui. » Don Antonio, mécontent, pria l’interlocuteur malencontreux de se mêler de ses affaires. Don José, sans se laisser intimider, fit part à Calderon de ses craintes, de ses soupçons, d’un pressentiment secret qu’il ne pouvait chasser, disait-il ; tout fut inutile. Après l’avoir un instant écouté, le neveu de l’évêque releva sa moustache, remercia du geste et s’éloigna sans répondre. Don José le suivit à distance ; il pénétra après lui dans le jardin, et de loin vit luire à la croisée du kiosque la lumière de doña Maria qui brillait comme un fanal. Calderon, embossé dans son manteau, s’appuya contre le tronc d’un arbre et attendit ; l’alferez fit de même. Au bout d’un instant, la lumière s’éteignit. Antonio, après avoir regardé attentivement