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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/604

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flexion, quand elle eut examiné les murs sombres de son cachot, les verrous de la porte, l’étroit soupirail, elle se prit à songer que la justice était expéditive au Pérou, et que la situation n’était pas précisément rassurante. Que faire ? On ne sortait pas de là comme du couvent de Saint-Sébastien, et le bout de corde qui pouvait fort bien l’attendre était autre chose que la diète qui punissait autrefois les espiègleries de la nonne. Dans un moment d’exaspération, elle croisa avec fureur ses bras sur sa poitrine. Or, il arriva que, dans ce mouvement, sa main droite rencontra quelque chose de dur sous son pourpoint ; c’était un portefeuille qu’elle portait ordinairement sur elle. Une idée illumina son esprit comme un éclair. Ce portefeuille renfermait un crayon et du papier ; elle pouvait écrire… mais à qui ? Urquiza était à Trujillo : comment lui faire parvenir une lettre ? Elle songea à la señora Béatrix, laquelle devait sûrement tenir plus à son maître, dont elle était, à ce qu’elle soupçonnait, la querida, qu’à son garnement de cousin, qui valait à peine un coup d’épée ; d’ailleurs elle n’avait pas le choix. Elle écrivit donc à doña Béatrix de Cardenas et lui conta sa mésaventure. Quand le geôlier vint apporter, un maigre repas, elle lui donna la lettre, l’assurant que trois pièces d’or lui seraient comptées, si ce chiffon parvenait à son adresse. Cela fait, elle attendit ; elle attendit huit jours qui lui parurent une éternité. Au bout de ce temps, le geôlier lui dit brusquement que Urquiza était revenu de Trujillo, et que le señor Domingo aurait bientôt de ses nouvelles. En effet, le soir, la lourde porte s’ouvrit de nouveau, et une femme voilée entra mystérieusement dans le cachot. C’était doña Béatrix. Catalina vit en elle un ange libérateur, elle se jeta avec ardeur aux genoux de la señora. Celle-ci releva avec bonté le jeune Domingo et le fit asseoir à côté d’elle sur son grabat. Elle lui apprit alors qu’Urquiza, mandé par elle, avait obtenu du corrégidor, qui était de ses amis, l’autorisation d’arriver jusqu’à lui ; mais la situation était grave, car Reyes était mort, et sa famille avait juré de le venger. Il fallait donc s’évader à tout prix et bien vite, elle lui en apportait les moyens, car, ajouta-t-elle en souriant, elle ne voulait pas laisser mourir sur la potence un aussi joli garçon. À ces mots, Domingo regarda son interlocutrice et s’aperçut qu’elle avait des dents charmantes, des yeux en amande, de beaux cheveux noirs, une taille d’Andalouse et vingt-cinq ans à peine. Les moyens d’évasion qu’apportait doña Béatrix étaient déjà vieux à cette époque, déjà sans doute usés au théâtre ; pourtant ils réussissaient encore, comme ils réussissent aujourd’hui, comme ils réussiront toujours tant qu’il y aura de l’or monnayé et des geôliers avides. Béatrix apportait à Domingo une robe et une mantille. Le prisonnier, métamorphosé en femme, devait sortir de la prison, jouant le rôle de la visiteuse, qui restait au cachot. Ému de cette proposition