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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/597

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nière. Une fois dans la rue, qu’elle ne connaissait pas, elle s’arrêta un instant indécise. La nuit était calme et sereine, un profond silence régnait dans la ville ; Catalina n’entendit que le chant lointain et affaibli de ses compagnes. Où irait-elle ? que devenir ? de quel côté se diriger ? Son hésitation, toutefois, ne fut pas longue. Elle jeta au loin la lampe, les clés, respira en frémissant de joie l’air de la liberté, et partit au galop, en bondissant comme un poulain échappé.

À peu de distance de la ville, une épaisse châtaigneraie s’offrit à elle. Après un instant de réflexion, elle se glissa dans le fourré et se cacha de son mieux dans les broussailles. Quand le jour, parut, elle se déshabilla et se mit à découdre, à couper, à métamorphoser ses vêtemens. Son jupon de drap bleu fut converti en une paire de haut-de-chausses, elle fit d’un cotillon vert un pourpoint et des guêtres. Quant à son voile, elle le laissa dans le bois avec son scapulaire. Puis, ayant coupé ses cheveux convenablement, elle se figura qu’elle pourrait passer partout pour un joli garçon, sortit de sa cachette au milieu de la nuit, et commença de marcher tout droit devant elle. Le troisième jour, elle arriva de la sorte, toujours à pied, à Vittoria, qui est à vingt lieues de Saint-Sébastien. La malheureuse enfant tombait de lassitude ; elle n’avait depuis sa sortie du couvent, mangé rien autre chose que des herbes ou des baies sauvages qu’elle arrachait sur sa route et mâchait en marchant.

Catalina ne connaissait personne à Vittoria, les deux réaux qui composaient toute sa fortune ne pouvaient la mener loin. N’osant guère entrer dans une auberge, elle acheta un petit pain à un marchand qui passait, s’assit sur une borne et se prit à réfléchir tout en déjeunant. La nécessité, dit-on, est mère de l’industrie, et la faim donne de la mémoire. À force de songer, Catalina vint à se rappeler qu’il devait exister à Vittoria un vieux brave homme nommé don Francisco de Cerralta, professeur de son état et parent éloigné de sa mère. Elle interpella un écolier qui gambadait, ses livres sous le bras, et apprit de lui que don Francisco habitait en effet Vittoria, que sa porte était précisément celle au coin de laquelle elle venait de s’asseoir. Sans être superstitieuse, Catalina vit dans ce hasard le doigt du destin, et frappa vigoureusement à la porte du professeur.

Don Francisco, naïf et candide comme un savant qu’il était, accueillit avec bonté cet écolier à l’air mutin, à l’œil intelligent, qui lui fit une belle histoire sur le désir qu’il avait de s’instruire et qui lui marmotta avec assez d’à-propos deux ou trois mots latins appris au couvent. Eût-il vu cent fois sa nièce la religieuse, le vieux professeur ne se serait jamais avisé de la reconnaître dans ce vagabond à l’accoutrement bizarre, et il entreprit de s’assurer si l’étoffe d’un grand homme ne se trouvait pas dans cet enfant courageux et abandonné. Catalina manifestait du goût