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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/595

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I.


En 1592, un honnête hidalgo de Saint-Sébastien, nommé Miguel de Erauso, vieux militaire qui avait beaucoup d’enfans et peu de revenus, se trouva fort désappointé, un beau matin, quand on lui vint apprendre que le ciel lui avait envoyé, pendant la nuit, une quatrième fille. Avant calculé, tout compte fait, qu’il n’aurait jamais de dot à lui donner, il se décida à confier à Dieu la petite Catalina. En conséquence, il appela la nourrice, enveloppa l’enfant dans un coin de son manteau et la porta au couvent dont sa belle-sœur, doña Ursula, était abbesse. Pour faire une bonne dominicaine, c’était certes s’y prendre à temps, et la vocation ne pouvait manquer à cette enfant bercée en quelque sorte dans le sanctuaire. La vocation fit défaut cependant, et jamais l’éducation du cloître ne forma pareille nonne.

Après avoir été la plus insupportable enfant, Catalina devint la plus insoumise des novices. À quinze ans, à cet âge où, sur le front des jeunes filles, la candeur de l’enfance se confond avec la grâce divine de la femme, elle n’avait, pour ainsi dire, rien de féminin dans le caractère ni dans le visage. Cette rougeur modeste, cet embarras charmant de la jeune fille à qui se révèlent le sentiment de sa beauté et l’instinct secret de sa puissance, lui manquaient complètement. Elle était altière et violente ; tout devait lui céder, et tant de résolution étincelait dans son œil noir, que l’on ne savait guère que penser au couvent de cette étrange novice. On eût dit d’un faucon élevé par mé-