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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/538

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n’est pas déterminée, aux colons qui rencontreraient des obstacles extraordinaires et imprévus, par exemple, cherté des matériaux de construction, difficulté des défrichemens, chemins impraticables, intempéries, etc. : cette subvention ne serait d’ailleurs soldée que proportionnellement au nombre des familles déjà établies par le propriétaire ; 4° enfin, promesse serait faite par l’état « d’acquérir pendant dix ans, aux prix moyens des marchés passés outre mer, les céréales (blés et orge) produites par les colons, chacun d’eux pouvant livrer un maximum calculé d’après la surface ensemencée dans l’année, c’est-à-dire cinq quintaux disponibles par hectare. » Le gouvernement aurait à choisir, pour la délivrance des terres, entre le système de l’adjudication et celui de la concession directe. Dans ce second cas, les conditions seraient débattues de gré à gré entre l’administration et le concessionnaire. Dans le système de l’adjudication, le concurrent préféré serait celui qui proposerait les conditions les plus généreuses. La surveillance des établissemens et l’exécution du cahier des charges seraient partagées entre l’agent du domaine et l’inspecteur de colonisation.

Le projet de M. de Lamoricière se présente avec une simplicité de mécanisme et un caractère de loyauté qui provoqueront la sympathie. Les hommes capables de le soumettre à une analyse sévère ne croiront pas à la pleine réussite de ce projet, et cependant ils feront des vœux sincères pour qu’il soit mis à l’essai avec quelques variantes et quelques précautions. De quoi s’agit-il en effet ? D’employer 200,000 francs en améliorations appliquées au sol. C’est un placement plutôt qu’une dépense. La sommé est si modique, que ce placement ne peut, en aucun cas, prendre aux yeux de la France les proportions d’une mauvaise affaire. Tout le monde sait que la valeur du sol n’est que la représentation des travaux qui ont été nécessaires pour le rendre propre à la culture. L’argent employé pour déblayer le terrain et corriger les eaux de la province d’Oran sera une valeur acquise à la colonisation, quelle qu’en soit la forme définitive. Ces travaux, ne dussent-ils porter profit qu’aux indigènes, la France aurait encore à se féliciter de les voir accomplis. M. le maréchal Bugeaud admet lui-même qu’on doit essayer le système de M. de Lamoricière, mais seulement sur une échelle restreinte : « Nous consentons, dit-il, à un essai sur trois ou quatre communes, en choisissant celles qui n’exigent pas le déplacement des Arabes. » Il serait à craindre que cette réduction du plan ne faussât beaucoup les prévisions de l’auteur. Pour écarter tout danger, il suffit de quelques amendemens au cahier des charges. Que le gouvernement se tienne en garde contre l’abus qu’on pourrait faire de la promesse d’une prime éventuelle, et de l’engagement d’acheter les blés des colons au prix des marchés de France ; qu’il établisse bien nettement le droit d’évincer le propriétaire en cas de non-exécution du contrat, et