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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/524

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difficultés, et son projet est celui auquel se rattachent aujourd’hui les partisans de la colonisation civile. Les deux systèmes vont être mis en présence devant les chambres et devant le pays. Le moment est venu de les soumettre à une analyse approfondie.


III.

La théorie de M. le maréchal Bugeaud découle d’une idée juste, d’un sentiment équitable et vraiment national, et il n’est pas douteux pour nous que la colonisation militaire eût prévalu, si les moyens d’application eussent été acceptables. Homme de guerre, M. Bugeaud s’est plus préoccupé de la défense que de l’exploitation du sol. Il est bien évident qu’en subordonnant le peuplement de l’Afrique aux spéculations des grands propriétaires, il faudrait des siècles pour constituer une population capable de pourvoir à sa propre défense. Le vice de la grande culture étant la tendance assez légitime à économiser sur la main-d’œuvre, le nombre des hommes établis par les capitalistes sera toujours réduit au strict nécessaire pour l’exécution des travaux, et, de plus, ces manœuvres, recrutés au rabais, ne seront que des hommes de peu de valeur. Aperçoit-on là les élémens d’une force militaire ? De quel droit demanderait-on à de malheureux journaliers, qui déjà, s’ils sont Français, ont satisfait à la conscription, de s’astreindre à la discipline et aux exercices, de quitter la pioche pour le fusil, quand viennent les Arabes ? Si ces ouvriers n’ont ni le désir, ni l’énergie, ni le devoir de défendre la colonie, il faudra donc que la métropole emploie indéfiniment le tiers de son armée active pour défendre une œuvre dont les avantages sont problématiques ? Que l’entretien de 100,000 hommes soit encore nécessaire pendant vingt ans, et c’est le moins, à raison de 100 millions par an, déduction faite des recettes, la France sera condamnée à un déboursé de 2 milliards ! Ne vaudrait-il pas mieux en finir par un seul sacrifice, faire les avances nécessaires pour implanter en peu d’années, sur le sol africain, une population accoutumée aux armes et qui aurait déjà fait ses preuves de dévouement à la France ? Cette opération, si dispendieuse qu’elle paraisse, ne serait-elle pas une économie ? N’est-il pas prudent de rendre à la France la liberté de ses mouvemens politiques, en hâtant le terme d’une occupation qui paralyse le tiers de ses forces ?

Ces considérations sont, pour ainsi dire, l’exposé des motifs de la colonisation militaire. On voit qu’avant de combattre ce système nous aimons à rendre justice aux principes qui l’ont inspiré. Le maréchal n’est d’ailleurs pas le seul qui ait senti l’urgence de constituer en Algérie une force locale. M. Enfantin place à l’avant-garde de sa colonisation civile une zone d’établissemens militaires dans lesquels il y aurait communauté