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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/488

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indécis, Mainwaring, — c’est le nom de ce nouveau personnage, — est fasciné par l’espoir de plaire à cette jeune fille si belle, si supérieure par l’intelligence, et qui ajoute à ces qualités brillantes tous les prestiges de l’opulence. Il s’est donc laissé engager dans une liaison d’autant plus coupable que, s’il est ébloui par l’espoir d’épouser un jour l’héritière de Laughton. Priory, une autre jeune fille, dont il est aimé, lui a inspiré depuis long-temps un amour plus profond, un attachement fondé sur une estime, une admiration bien autrement sincères. Et cette jeune fille, c’est justement Suzan Mivers, la cousine-germaine de Lucretia, la nièce déshéritée de sir Miles.

Le plus entier mystère enveloppe l’intrigue déjà nouée entre Lucretia et Mainwaring. L’ambitieuse jeune fille a fait comprendre à son amant que jamais l’orgueilleux parent dont elle espère l’héritage ne consentirait à leur union. Il faut donc ajourner, attendre, patienter. Un mal qui ne pardonne guère, et dont les premières atteintes ont déjà ébranlé la robuste constitution de sir Miles, ne doit pas tarder à le rayer du nombre des vivans. Lucretia ne songe pas à hâter cette mort qui l’affranchira de toute entrave et doit lui permettre d’épouser Mainwaring, mais elle scrute avec une impatience farouche les progrès du mal libérateur. La nuit, seule avec ses rêves de bonheur, cette jeune fille, dont une science précoce a desséché l’ame, quitte furtivement son lit virginal, pour chercher, dans des livres de médecine, des promesses sinistres, des espérances coupables.

Dalibard n’a rien perdu de ce drame intime. Gabriel-Honoré surveille, pour le compte de son père, les rapports quotidiens de Mainwaring et de Lucretia, d’autant moins suspect à cette dernière, qu’il s’est fait aussi son espion, et lui révèle les projets de Dalibard. Ainsi, par un double espionnage, ce misérable enfant, doué d’ailleurs de facultés puissantes et merveilleusement organisé pour les arts, prélude à une carrière de crimes et d’infamie.

Un jour Dalibard croit le moment venu d’en finir avec les assiduités de son jeune rival. Non sans prendre auparavant toutes les précautions imaginables pour déguiser son intervention dans les projets de sa redoutable élève, il inspire à son patron quelques scrupules sur l’intimité familière de Lucretia et de Mainwaring. Ces demi-soupçons se fortifient chez sir Miles, quand il voit sa nièce refuser la main d’un cousin ruiné, Charles Vernon, auquel il eût été charmé de la marier, et alors, sans autres éclaircissemens, il fait sentir à Mainwaring que sa présence à Laughton-Priory ne saurait se prolonger. Lucretia se garde bien de témoigner le moindre regret, la moindre humeur mais elle se méfiera désormais de son astucieux professeur, dont, malgré tout, elle a presque deviné les perfides menées. Dalibard s’en aperçoit à son tour, car ces deux ennemis, dignes l’un de l’autre, savent à merveille se poursuivre