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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/484

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Elle tire sa force de la réflexion et non pas du sentiment, de la tête et non du cœur [1]… » Ailleurs, distribuant leurs rôles aux trois principaux écrivains du drame anglais moderne, Sheridan Knowles, Thomas Noon Talfourd et Bulwer, — le même juge place ce dernier entre les deux autres, champions plus ou moins résolus de deux systèmes opposés, et raille légèrement cet éclectisme de leur émule, « à qui toute théorie paraît bonne, pourvu qu’elle mène au succès. »

Cet amour de la popularité, bien difficile à éteindre chez quiconque l’a vu payer de retour, a évidemment inspiré deux de ses derniers romans à l’écrivain dont nous venons d’esquisser rapidement la vie littéraire. Il avait vu froidement accueillir des œuvres auxquelles il attachait une importance sérieuse. Tandis qu’on fermait l’oreille à ses discours érudits et fleuris, tandis qu’on traitait avec un dédain peut-être injuste ses recherches sur l’histoire grecque, ses évocations du moyen-âge, ses curieuses études sur les rose-croix ou sur les légendes allemandes, des intelligences beaucoup moins cultivées, des romanciers indignes de lui être comparés obtenaient pour leurs plus vulgaires improvisations ce bruit, cette vogue, ce renom que l’auteur d’Eugène Aram, peu à peu délaissé, ne pouvait reconquérir au prix des plus grands efforts. Le caprice public, — et le caprice public a pour certains esprits force de loi, — couronnait à côté de lui de nouveaux venus fort étrangers à tous les raffinemens, à toutes les coquetteries de son style : écrivains bien moins érudits, mais plus nerveux, plus naïvement inspirés, ayant avec les aspérités, les formes abruptes de la non-culture, ses incontestables avantages, sa fécondité plus vraie, sa physionomie plus animée, plus saisissante. A la place de ces dandies recherchés, de ces beaux impertinens, de ces exquisites calmes et silencieux dans leur profond égoïsme, on introduisait violemment dans le roman, où jusque-là ils se montraient à peine, honteux comparses, figures de second plan, les acteurs ambulans, les bohémiens de Londres, les voleurs, les courtisanes, une population d’êtres immondes au dedans comme au dehors, escrocs émérites, praticiens subalternes, chevaliers d’industrie, champions du trottoir et du carrefour, gibier de déportation et de potence. L’école fashionable, — lackey school, comme l’appelaient les critiques radicaux, — l’école où Théodore Hook avait précédé Bulwer, qui lui-même y fraya le chemin à lord Normanby et à bien d’autres, l’école fashionable, disons-nous, cédait le terrain à une école décorée du nom de Jack Sheppard, brigand fameux, héros d’un roman tout aussi célèbre qu’aucun de ceux de l’auteur de Pelham. Charles Dickens prêtait à cette théorie nouvelle la popularité d’un talent réel, et d’un succès que ce talent n’a pas encore, selon nous, tout-à-fait justifié. Pelham cependant,

  1. Horne, The new Spirit of the Age.