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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/480

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— Alice, dit alors M. de Charvey, je vous présente un ami, M. le vicomte Albert d’Esparon.

Alice fit une gracieuse révérence, et devint rouge comme une cerise. Albert n’était pas moins troublé qu’elle. Le regard du colonel allait de l’un à l’autre avec une complaisance qui ne laissait aucun doute sur ses desseins.

— Ma fille, dit-il enfin, il faut partir. Nous avons encore huit bonnes lieues d’ici à Rouvre ; un autre jour, quand nous serons dans une tenue plus convenable, nous reviendrons à Blignieux ; j’aurai l’honneur de vous présenter à Mme la comtesse d’Esparon. Alice sauta lestement dans la voiture, non sans avoir jeté sur Albert un regard timide qui acheva de le bouleverser. — Allons donc, conscrit, lui dit à voix basse le colonel avec un joyeux sourire ; vous étiez moins ému sur le terrain en face de mon fleuret. Puis il ajouta tout haut : Albert, vous savez le chemin de Rouvre ; deux relais d’ici aux Souchons, puis on tourne à gauche dans la plaine. Vous voilà renseigné ; maintenant, en route !

M. de Charvey monta en voiture, le postillon se remit en selle, et l’attelage repartit.

Une heure après, Albert était de retour à Blignieux. Tout s’y passait comme d’habitude : ses chiens jouaient auprès de lui ; Mme d’Esparon, assise dans son grand fauteuil, ne rompait le silence qu’à de rares intervalles ; on entendait dans l’escalier la voix grondeuse de la vieille Marianne. Et cependant Albert comprit que pour lui tout était changé, qu’un rayon charmant avait pénétré dans son cœur, et que désormais *il pourrait mêler à l’accomplissement de son devoir un sentiment nouveau, une nouvelle espérance,

Armand de Pontmartin.