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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/44

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d’observer aussi fidèlement votre parole que je saurai tenir la mienne.

A ces mots, le proscrit s’éloigna, et bientôt la vitesse de son cheval l’eut dérobé à notre vue.

Huit jours après ce départ précipité, nous vîmes briller au soleil les neiges éternelles des deux volcans qui dominent Mexico, et peu s’en fallut que les amis qui venaient au-devant de moi ne crussent faire une fâcheuse rencontre dans le voyageur aux habits en lambeaux et couverts de poussière, à la barbe inculte, au visage hâlé, qui se présentait devant eux. J’avais quitté Mexico depuis quatorze mois, pendant lesquels j’avais fait à cheval, dans l’intérieur de la république, plus de quatorze cents lieues : c’est la distance à peu près du Havre à New-York. Rentré dans la vie civilisée, je dépouillai mon accoutrement de voyageur, dont je ne gardai que les longs éperons que j’avais si long-temps chaussés et le sarape qui m’avait abrité de la rosée de tant de nuits froides, comme du soleil de tant de jours brûlans. Deux mois s’étaient passés, mon imagination ne me présentait plus que comme un rêve mes pérégrinations aventureuses dans les déserts de la Sonora, quand un dernier incident vint en réveiller pour moi le souvenir. Un inconnu apporta à M. D… un indulto parfaitement en règle, et il accepta à une courte échéance une traite de sept cents piastres à l’ordre d’une des premières maisons de Mexico. Le salteador avait tenu sa troisième promesse aussi religieusement que les deux autres.


GABRIEL FERRY.