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aimez mieux qu’on fonde indéfiniment des pièces de canon. L’irrigation figure sur les comptes-rendus ministériels pour une dépense annuelle de 15,000 francs une fois, de 25 ou 30 l’année d’après ; pendant ce temps, une somme supplémentaire de 93 millions est affectée au matériel de la marine. Cette proportion entre les dépenses productives et les improductives vous paraît admirable, puisque vous battez des mains. C’est bien, applaudissez encore ; mais ma surprise est qu’en apportant de pareilles dispositions d’esprit à la direction des affaires publiques, dont la loi électorale vous a investis, vous ne soyez pas tombés plus bas encore dans la détresse.

Les gouvernemens ne devront jamais cesser de protéger l’industrie ils s’y adonneront de plus en plus désormais, et l’agriculture, dans leurs efforts comme dans leur pensée, devra, au milieu de tous les arts utiles, occuper la première place ; mais le système de la protection négative, de la protection aveugle, de la protection restrictive qui résulte des douanes, a fait son temps. La civilisation passe sous les drapeaux de la protection positive et éclairée qui convient à des gouvernemens intelligens, amis de la paix, et à des peuples avancés et libres, de la protection qui agit sur la production par les communications et par le crédit, sur les producteurs par l’éducation générale et spéciale. L’agriculture est, de toutes les branches de l’industrie, celle qui est appelée, à retirer le plus de fruit de la substitution de la seconde méthode de protection à la première.

Quant à. la crainte qu’elle éprouve de ne savoir plus que faire de ses blés si la concurrence étrangère avait ses coudées franches, elle saura bientôt ce qu’il faut en penser par l’expérience que la Grande-Bretagne accomplit sur elle-même depuis la loi de sir Robert Peel. Elle apprendra si l’avilissement des prix et la ruine des cultivateurs est la conséquence possible de la liberté, même absolue, car c’est la liberté absolue qui régnera en Angleterre dans deux ans ; ainsi l’épreuve sera complète. Déjà, d’après la tournure que prenaient les affaires avant la crise déterminée par la mauvaise récolte, alors que la situation était ce qu’elle semble devoir être presque toujours, les fermiers, inquiets sur la vente de leur moisson, et les propriétaires, alarmés sur leurs revenus, auraient lieu de se rassurer.

Il est donc permis de penser que, très prochainement, notre agriculture elle-même n’aura plus d’objections à présenter contre la réforme de notre législation des céréales et contre l’adoption d’un nouveau règlement tel que celui qui a été indiqué plus haut.

Il reste à examiner la question de la Banque ; ce sera l’objet d’un prochain article.


MICHEL CHEVALIER.