Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/423

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de 17 fr. Ce marché anglais, qu’on croyait si bien défendu contre les mouvemens brusques et contre les écarts excessifs, était celui où le prix du blé éprouvait les oscillations les plus grandes et les plus rapides.

Après que les faits ont eu parlé, les Anglais se sont rendus à ce témoignage. Un double objet leur paraissait également désirable : resserrer les oscillations du prix du blé et rendre le prix moyen aussi modéré que possible. C’est ainsi qu’ils ont compris l’intérêt national, et je ne sache pas un état où il soit permis de l’entendre autrement. Pour arriver au but, ils ont pensé qu’il n’y avait pas de procédé comparable à celui de la liberté. Supposez, en effet, que la liberté à l’entrée et à la sortie des grains soit la loi de toutes les nations, le marché général est le plus étendu possible, et par conséquent la meilleure combinaison subsiste pour que, d’une année à l’autre, par la compensation des climats divers, les variations des quantités, et par conséquent des prix, soient restreintes dans le cercle le plus étroit. L’accès étant ouvert à chaque instant pour chaque état vers tous les foyers de production, l’on s’approvisionne constamment au plus bas prix, ou plutôt un équilibre s’établit chaque année entre les différens pays à céréales, et on a presque constamment un prix modéré. Sans même que la liberté absolue du commerce des grains soit passée dans la pratique universelle des nations, comme tous les pays qui produisent un excédant, les États-Unis, la Russie, les bords de la Baltique, la Sicile, laissent les grains librement sortir, il dépend de chacun des grands états de jouir immédiatement d’avantages presque égaux à ceux qu’aurait la liberté universelle ; il suffit pour cela de rendre libres sur ce point les rapports nationaux avec les régions à céréales, et, si déjà quelque grand peuple a adopté la liberté du commerce des grains, ceux qui viendront après lui entreront plus complètement en possession des bienfaits de ce régime libéral. Ainsi, l’Angleterre ayant arboré chez elle l’étendard de la liberté pour le commerce des grains (indépendamment de ce qu’elle a fait pour les autres branches de commerce dont nous n’avons pas à nous occuper ici), nous trouverions, nous, à ce régime le profit, en cas de rareté, de nous approvisionner aisément et en temps opportun, et, dans l’abondance, d’écouler notre surplus sur les marchés de la Grande-Bretagne, qui est à nos portes.

L’Angleterre donc a renoncé l’an passé au système de l’échelle mobile ; elle n’y a point substitué un droit fixe ; elle a préféré la liberté complète. La question est de savoir ce que nous ferons en France. Il semble impossible que nous gardions l’échelle mobile ; c’est un système jugé. De l’autre côté du détroit, avant que la liberté du commerce eût acquis l’ascendant qu’elle y exerce, on était d’accord pour réprouver l’échelle mobile. Si le blé avait dû continuer d’être frappé, en Angleterre, d’un droit à l’entrée, le droit eût été fixe. Les Anglais ont préféré