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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/409

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qu’avec ce qui a été importé déjà, nous sommes parfaitement en position d’attendre les envois. Ceux de la mer Noire désormais ne peuvent être retenus long-temps. On doit aussi le dire à la décharge de l’administration, tout le monde a été trompé sur les ressources de l’intérieur. La récolte sur pied était de la meilleure apparence ; ce n’est qu’au battage qu’on a reconnu combien elle était médiocre. Ensuite les gouvernemens, eu égard à l’humeur altière et au crédit des patrons du système protecteur, ne se résolvent qu’à la dernière extrémité à s’écarter des voies protectionnistes. La suspension de la loi des céréales par ordonnance dès le mois de septembre eût excité des clameurs qu’on n’ose pas toujours braver, quand on a à compter avec une majorité. A l’endroit de la majorité, de ses exigences éclairées ou non, de ses préjugés même, l’héroïsme est rare de nos jours parmi les hommes d’état. Si nos ministres ont été timides, lord John Russell a été poltron. En présence de tous les maux qu’éprouve l’Irlande, il n’a pas osé prendre sur lui d’autoriser l’entrée des blés étrangers sous tout pavillon et sans distinction de provenance, après même que d’ici lui en fut venu l’exemple.

La situation du marché général étant telle que les grains ne peuvent manquer, mais que le prix doit en être de moitié plus haut que dans les temps ordinaires et sur quelques points du double, et d’autres alimens du règne végétal qui nous font faute devant être remplacés par le blé, qui est plus cher à égalité de puissance alimentaire, nous sommes à l’abri des calamités de la famine, mais non de beaucoup de souffrances. La vie est renchérie, il faut que les populations soient mises, autant qu’il se pourra, en mesure de supporter ce surcroît de dépenses. Les pouvoirs de l’état doivent, par l’étendue de leur prévoyance, se montrer à la hauteur de leur mission. L’effet naturel d’une brusque cherté du pain a toujours été de restreindre le travail. De bonnes explications en sont données par la science économique, je ne les répéterai pas ; je me borne à prendre acte du fait. Le gouvernement est tenu de lutter par des moyens énergiques contre cette tendance du travail à se resserrer. Le travail, qui, bien ordonné, fait la richesse des états, est le patrimoine du pauvre. Tuteur des faibles, le gouvernement doit veiller à ce que ce patrimoine soit sans cesse renouvelé, sans cesse fécondé. En présence d’une cause extraordinaire de misère, il n’y a qu’un remède, le travail extraordinaire. Pendant les sessions dernières, on s’est plaint de ce que nous entreprenions trop à la fois. Grace à Dieu, la plainte n’a pas été écoutée, et les chambres ont persévéré dans leurs votes de travaux publics. Le gouvernement, de son côté, s’est hâté cet hiver d’ouvrir les chantiers. C’est ainsi que les populations pauvres pourront honorablement gagner les moyens d’existence qui leur manquent d’autre part. Le problème à résoudre était de multiplier les ateliers le plus possible. Les chemins de fer et les canaux, ou