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quelquefois jusqu’aux portes de New-York, tant sous la latitude de Naples les hivers ont d’âpreté dans le Nouveau-Monde. Ce n’est donc que tout à la fin d’avril ou au commencement de mai que les grands approvisionnemens seront réunis dans les ports d’embarquement sur l’Atlantique, et par conséquent ce n’est qu’à la fin de mai ou au commencement de juin que nous recevrons d’Amérique les grands renforts. Jusque-là, les envois de l’Amérique se réduiront à ce qui pourra être expédié aux ports américains par les chemins de fer. C’est ainsi que, sur la première réquisition, il viendra quelque chose des environs de New-York, un peu plus de Boston, qui est rattaché par un chemin de fer non-seulement à Albany, mais au lac Érié lui-même, et une certaine quantité de Baltimore et de Philadelphie, d’où divers chemins de fer rayonnent dans différens sens et atteignent des quartiers à céréales, tels que le comté de Lancaster en Pensylvanie et la vallée de Virginie. La Nouvelle-Orléans, dont la position est plus méridionale, reçoit, par les affluens du bas de la vallée du Mississipi, des approvisionnemens presque sans relâche. L’Europe, par conséquent, pourra en tirer du maïs à peu près immédiatement en quantité indéfinie.

En résumé, le marché général est assez bien pourvu pour que l’Europe, et la France en particulier, ne courent aucun péril de disette. Les communications intérieures au sein de notre patrie sont en assez bon état désormais pour que, une fois au port, les subsistances étrangères se répandent partout rapidement et sans grands frais. Il eût été mieux que, dès le mois de septembre, toute latitude eût été donnée au commerce, toute barrière abaissée. La franchise du commerce des grains, que les chambres viennent de voter, établie quatre mois plus tôt, aurait été suivie de grands arrivages. Les Américains, qui ne soupçonnaient pas que nous aurions besoin de leur récolte, se seraient hâtés de battre leur moisson, de la moudre, de l’embarquer sur leurs canaux ; aucun autre peuple n’est expéditif au même degré, quand son intérêt l’y pousse. Nous aurions maintenant nos ports remplis de navires chargés de grains ou de farines presque autant qu’il en faut pour compléter nos provisions jusqu’à la prochaine récolte ; les prix auraient haussé, mais graduellement, et ils se seraient arrêtés à un moindre niveau. Les populations, qui s’émeuvent facilement sur la question des subsistances, n’auraient pas ressenti l’effroi que leur a inspiré l’élévation brusque et accélérée des mercuriales. L’ordre, qui est la plus sûre garantie contre la famine, n’aurait point été troublé. Les retards cependant ne paraissent pas devoir être autrement dommageables, en ce sens