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Je n’osais trop témoigner la défiance qui m’empêchait de payer cette rançon d’avance. Le salteador sembla deviner ma pensée.

— Pour vous prouver ma bonne foi, me dit-il, je me contenterai de votre parole ; vous ne me paierez le prix de mes bons offices que sur les preuves en règle d’un indulto plein et entier. Vous compterez sept cents piastres à la personne qui vous le remettra. Votre affaire, continua le routier, est presque la mienne. L’homme qui vous a dénoncé fait partie de ma bande, c’est précisément ce misérable surnommé le Santucho, dont je parlais ce matin à l’alcade. En révélant à la justice le délit commis par votre compatriote, il a enfreint les lois des salteadores. Nous sommes des voleurs à main armée, et non pas des dénonciateurs qui se cachent dans l’ombre. J’ai d’ailleurs un autre compte à régler avec lui. Vous n’avez pas oublié peut-être le voyageur qui, poursuivi par un ours, vint nous demander protection la nuit de notre bivouac avec les chasseurs de bisons. Eh bien ! ce malheureux est tombé malgré moi sous les coups de ma bande, excitée par le Santucho. Voilà deux fois que le misérable me brave ouvertement. Dites à votre ami que non-seulement il me devra sa liberté, mais une vengeance éclatante.

Je n’avais qu’une réponse à faire à ce singulier personnage, si plein de mépris pour les lois de son pays qu’il semblait connaître mieux qu’un alcade, et si plein de respect pour cet autre code à l’usage des routiers dont il invoquait contre le Santucho les prescriptions inflexibles. Mon protecteur se montrait accommodant, et il fallait profiter de sa complaisance : je convins que M. D… acquitterait une traite de sept cents piastres entre les mains de celui qui lui apporterait à une adresse désignée la main-levée de la saisie décrétée contre ses biens et sa personne. Ces conditions étant acceptées, et un des complices du salteador étant venu interrompre l’entretien, je ne crus pas devoir prolonger ma visite et je sortis de la tente. La nuit était déjà avancée ; le silence avait succédé au tumulte qui, quelques heures auparavant, régnait dans la ville. Les veilleurs de nuit dormaient, enveloppés dans leurs manteaux, auprès de leurs lanternes fumeuses. Des malheureux, après avoir joué le dernier réal destiné à payer leur gîte, étaient nonchalamment étendus sur les marches de la cathédrale qui leur accordaient une hospitalité gratuite, et dont les hautes tours se dessinaient en noir sur le ciel. Quelques lueurs mystérieuses allaient et venaient seules sur les hauteurs ; partout ailleurs l’agitation avait cessé, et les dernières vibrations de l’horloge qui achevait de sonner onze heures retentissaient encore avec une gravité solennelle mêlées aux clameurs lugubres des serenos, quand je rentrai chez moi tout préoccupé du souvenir de mes deux audiences de la journée. L’alcade m’avait montré la justice impuissante et corrompue ;