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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/378

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sujet de Cracovie, le consul russe de Bucharest avait communiqué à la Sublime Porte, investie par les traités de la protection spéciale des Moldo-Valaques, toutes les inquiétudes que la situation de ces provinces causait à son gouvernement. Il avait pieusement signalé les progrès du communisme et de l’irréligion chez les boyards, et conjuré la Porte d’intervenir sous ce prétexte, maintenant trop fameux, que des états réguliers ne pouvaient souffrir si près d’eux un foyer révolutionnaire. Nous rappelons exprès ce fait, qui a passé trop ignoré et qui jette une clarté de plus sur l’événement de Cracovie.

Appuyée sur cette doctrine de conservation, dont elle regarde la pratique comme un devoir politique, la Russie pourrait bientôt en vérité s’arroger le droit de s’immiscer plus à découvert dans les affaires de la Prusse. Berlin devient chaque jour plus animé ; l’esprit public s’y développe ; la municipalité, renouvelée en partie depuis quatre ans, acquiert chaque jour plus d’importance en se recrutant dans des classes plus relevées. Composée jadis tout entière de petits marchands et d’artisans, elle s’est ouverte à des représentans moins indifférens aux questions générales du temps et du pays. C’est un conseil de 102 membres (il s’agit ici des députés, Stadtverordnete, et non pas du conseil supérieur, Stadrath) ; le nombre est toujours un élément d’autorité dans une assemblée populaire. La ville de Berlin a donc désormais les yeux fixés sur ses représentans, et la bourgeoisie berlinoise vient de leur recommander par une pétition expresse les vœux qu’elle forme pour obtenir une constitution.

Cet espoir d’une constitution nationale s’est, en effet, renouvelé depuis quelque temps avec assez de bruit ; mais les rumeurs sont toujours si contradictoires, et quelques-unes si singulières, qu’il n’y a peut-être encore là qu’une royale velléité de plus, sans autre effet comme sans autre durée. La raison positive qui est au fond de cette attente sans cesse réveillée, c’est que l’état a besoin d’argent ; les chemins de fer ont entraîné des spéculations désastreuses et ne se finiront pas à moins d’une aide puissante ; il y a disette au trésor, gêne chez les particuliers, détresse dans la rue. Presque tous les fonds sont en discrédit ; la plupart des chemins allemands, pour faire de l’argent, ont émis des actions de priorité, garanties par première hypothèque sur tout l’avoir des compagnies, et ayant droit à 5 pour 100 avant que les compagnies puissent rien toucher de leurs revenus. Ces actions n’atteignent pas même le pair. L’agiotage a été plus téméraire qu’en France, et de tous les chemins qu’il a créés, il y en a beaucoup qui, d’ici à bien long-temps, ne rendront peut-être pas 2 pour 100. Viennent maintenant des changemens politiques au milieu de cette agitation financière, ils arriveront par le fait d’une nécessité plus irrésistible, mais ils seront moins populaires, ils inspireront moins de gratitude que si le roi Guillaume avait tenu plus tôt ses promesses. Le roi devrait être maintenant persuadé que plus il tardera, plus il en coûtera peut-être à sa couronne.

L’annonce dans le discours de la couronne d’un projet de loi spécial sur la colonisation de l’Algérie coïncide avec la publication à Alger d’une nouvelle brochure de M. le maréchal Bugeaud sur ce sujet. On n’ignorait pas que, sur cette importante question, le maréchal et M. le général de Lamoricière avaient des vues opposées, mais jusqu’à présent ces dissentimens n’avaient pas été divulgués d’une manière éclatante ; maintenant la presse va s’en emparer, et bientôt