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min que les Français avaient à faire en 1812 de Varsovie à Moscou. Il y aurait donc beaucoup d’apparence que la guerre se prolongeât, si l’on ne pouvait toujours tout attendre de ces révolutions imprévues qui fermentent constamment au Mexique. Quel que soit aujourd’hui le patriotisme que déploient les Mexicains, l’énergie militaire dont Santa-Anna veuille user, il ne serait pas très étonnant que tout cela n’aboutit qu’à un revirement soudain. Mexico a pris, dit-on, l’aspect d’une place de guerre ; on n’y voit plus que des uniformes, on n’y entend plus que le bruit des tambours et le feu des recrues qui s’exercent dans les environs ; Santa-Anna a rassemblé trente mille soldats en deux mois, mais les armes, les équipemens, tout manque, et l’on se risquerait peut-être en affirmant que le dictateur lui-même ne manquera point à ses soldats. On sait comment l’escadre américaine l’a laissé passer pour revenir détrôner Paredès ; Santa-Anna avait juré d’employer cette nouvelle restauration à ramener la paix ; à peine arrivé dans Mexico, il n’a plus respiré que la guerre ; il n’y a point de raison pour que cette seconde face sous laquelle il se montre ne soit pas un masque aussi bien que la première. La guerre sert à merveille les intérêts de Santa-Anna ; il en veut tirer le plus qu’il pourra pour asseoir sa domination à Mexico ; il est très probable que le reste lui importe peu. Il augmente l’effectif de l’armée, s’y crée des partisans en récompensant les officiers, en les multipliant ; c’est à l’armée qu’il se fie pour tenir tête aux bourgeois dont il se sait détesté. Une fois sa souveraineté assurée à l’aide des baïonnettes, il se pourrait bien qu’il vendît la paix à bon compte aux États-Unis ; il lui faut la guerre pour avoir l’armée dont il a besoin, mais ce n’est pas à la guerre qu’il veut employer cette armée.

Les puissances du Nord voient tous les jours leurs inquiétudes s’accroître, et leur tranquillité intérieure parait de plus en plus compromise par le cours des événemens. Malgré les assurances équivoques du gouvernement autrichien, l’ordre ne se rétablit point en Gallicie, les propriétaires se croient toujours sous le coup de nouveaux massacres, et l’on cite des exemples inouis de cette affreuse perturbation qui a détruit les liens les plus essentiels de la société ; les paysans se font justice eux-mêmes ; des pillards pendent un de leurs complices qui les avait trompés ; les parens et les gens du village où logeait la victime vont à leur tour chercher et pendre les meurtriers ; les lois n’ont plus ni d’action, ni d’agens. Le cabinet de Vienne remarque d’ailleurs avec anxiété un progrès tout particulier de l’influence russe dans la Gallicie orientale ; la population qui habite ces contrées n’est pas de même souche que celle de l’ouest ; ce sont des Ruthéniens et non des Polonais ; ils professent la religion des Grecs unis, et leur langue a beaucoup plus d’analogie avec le russe qu’avec la langue polonaise. L’ambition moscovite a fait son chemin avec des circonstances bien moins favorables. Dans tout l’Orient d’ailleurs, à Constantinople comme sur le Danube, c’est elle seule qui maintenant recueille le bénéfice de l’iniquité dont elle a su pourtant rendre ses alliés solidaires, c’est à son profit exclusif que se répand partout cette impression de terreur qu’a produite la chute de Cracovie. Nous parlions dernièrement de la politique des Russes dans les principautés danubiennes ; celles-ci ont dû ressentir le coup qui tombait à côté d’elles avec une douleur d’autant plus vive qu’elles avaient déjà été menacées d’une atteinte toute pareille. Quelque temps avant la déclaration des grandes puissances au