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quelques instans de repos. L’amiral en profita pour voler à Merton. Sir William était mort au commencement de l’année 1803, et, depuis cette époque, lady Hamilton habitait avec la jeune Horatia cette charmante retraite qu’elle devait à la libéralité de son amant. Nelson oubliait, sous ces frais ombrages, les émotions de sa dernière campagne, quand le commandant de la frégate l’Euryalus, le capitaine Blackwood, vint lui annoncer l’entrée de la flotte combinée à Cadix. Le lendemain, Nelson était à Londres et mettait son épée à la disposition de l’amirauté. Lord Barham le reçut à bras ouverts. « Choisissez, lui dit-il, les officiers qui doivent servir sous vos ordres. — Décidez-en vous-même, milord, répondit l’amiral, le même esprit anime toute la marine, vous ne sauriez mal choisir. » Long-temps ingrat envers lord Nelson, le gouvernement anglais avait enfin appris à le traiter avec la distinction que méritaient ses éclatans services. Lord Barham lui remit des pouvoirs illimités pour son commandement, qui devait s’étendre de la baie de Cadix jusqu’au fond de la Méditerranée, et voulut qu’il dictât lui-même à son secrétaire particulier les noms des bâtimens qu’il désirait ajouter à son escadre. Le 7 septembre, Nelson prit congé de l’amirauté. Il reparut à Merton et ne put s’en arracher cette fois sans un sinistre pressentiment. « J’ai beaucoup à perdre, dit-il, et peu à gagner. Je pouvais m’épargner de nouveaux hasards, mais j’ai voulu agir en honnête homme et servir fidèlement mon pays. » Le 11 septembre, encore ému d’une séparation douloureuse, il arrivait à Portsmouth et retrouvait toute son énergie en montant à bord du Victory. Le 29, il était devant Cadix, après avoir rallié, à la hauteur de Plymouth, l’Ajax et le Thunderer. Deux vice-amiraux, Calder et Collingwood, deux contre-amiraux, Thomas Louis et le comte de Northesk, se rangèrent sous son pavillon ; mais des deux vice-amiraux, le moins ancien, Calder, devait rentrer en Angleterre pour y rendre compte de sa conduite ; Collingwood seul allait rester sous les ordres de Nelson.

A quoi tiennent souvent les plus grandes destinées militaires ? Entré avant Nelson dans la marine, Collingwood, son aîné de huit ans, n’obtint cependant qu’après son brillant rival le brevet de lieutenant et le brevet de capitaine. Il n’en fallait pas davantage pour décider de l’avenir de ces deux hommes. Devancé dans le grade de capitaine, Collingwood ne pouvait plus paraître désormais qu’en sous-ordre à côté de Nelson. Simple et modeste, il resta long-temps dans l’ombre où la renommée du vainqueur d’Aboukir tenait ses rivaux éclipsés. Quand il en sortit, le temps des grandes batailles était passé. Aussi, après avoir assisté au combat du 13 prairial et à celui du cap Saint-Vincent, après avoir partagé avec Nelson l’honneur de son dernier triomphe, Collingwood, à peine sexagénaire, mais épuisé par cinquante années de service dont quarante-quatre s’étaient écoulées à la mer, s’éteignit en 1810,