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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/179

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relatives aux mariages espagnols, c’est la bonne foi entière et les égards constans du gouvernement français envers le cabinet de Londres. On ne le voit à aucune époque faire mystère de ses vues ; loin de là, il les proclame au début en plein parlement, avec un certain éclat. Plus tard il les communique de nouveau à son allié, et lui offre, au moment où le dénouement approche, de s’entendre pour proposer ensemble des candidats également acceptables pour les deux cours. Enfin, s’il prend un parti décisif, c’est dans le cas imminent préalablement signalé par lui-même, lorsqu’une plus longue hésitation ferait infailliblement réussir la seule combinaison qu’il ne pouvait accepter honorablement, celle-là même qu’on avait promis de ne jamais favoriser, et à laquelle on travaillait cependant alors ouvertement. On aura fort à faire pour donner le change sur le mariage du duc de Montpensier, et pour établir qu’il a été un mauvais procédé vis-à-vis de l’Angleterre. Ce n’est point un mauvais procédé que de parer un coup qui vous est destiné, et de s’assurer un avantage afin de n’avoir pas un revers. Le mariage de M. le duc de Montpensier apparaîtra ce qu’il a été en effet, un acte de politique purement défensive.

Dans les pays constitutionnels, une opposition sérieuse, conduite par des hommes considérables, a mieux à faire que de se mettre sans choix, en toute occasion et à tout propos, en contradiction avec le gouvernement. Quand, au vu et au su de tout le monde, le gouvernement a eu quelque succès, il y a mauvaise grace, il y a danger pour elle à le nier ouvertement. Le public soupçonnerait peut-être une fois que l’opposition n’agit que par dépit, et une découverte de ce genre pourrait le mettre sur la voie de beaucoup d’autres. Je dirai plus, si le succès obtenu a amené quelque conflit avec une nation étrangère, le premier devoir de l’opposition, c’est d’ajourner ses attaques, qui seront, quoi qu’elle fasse, autant d’armes fournies aux adversaires. Il lui vaut mieux prêter secours et appui au gouvernement, qui est toujours, après tout, la vraie personnification du pays au dehors. En ce moment même, l’Angleterre nous donne, à cet égard, un bel exemple. La politique du ministre des affaires étrangères britanniques n’y est par du goût de tout le monde ; au sein même de son parti, les méfiances qu’elle inspire sont si grandes, qu’elles ont suffi à empêcher la première formation du ministère whig, et cependant, aussi long-temps que les difficultés actuelles subsisteront entre la France et l’Angleterre, nul ne s’attend à voir lord Palmerston attaqué dans le parlement à propos d’une conduite que beaucoup de ses adversaires et quelques-uns de ses amis trouvent fâcheuse et contraire aux intérêts de leur pays. L’opposition française gagnerait plus qu’elle ne suppose à mettre un temps d’arrêt dans sa vive polémique contre la direction donnée à nos affaires étrangères d’abord elle s’éviterait un échec, ce qui est bien quelque