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de parer le coup. Le mariage avec un prince de Cobourg était devenu un fait imminent : c’était le cas prévu par le memorandum. Nous rentrions, par cela même ; dans notre droit et dans notre liberté ; nous en avons usé en faisant conclure en même temps les deux mariages.

On dit que la solution de cette affaire, dont nous venons de raconter les divers épisodes avec toute l’exactitude qui dépendait de nous, a produit de l’irritation en Angleterre. Cette irritation serait grande, si l’on en jugeait par celle qui animait naguère les feuilles publiques qui s’impriment de l’autre côté de la Manche, et qui trouvent chez nous de si complaisans échos ; mais ce serait risquer de se tromper souvent que de juger des sentimens d’un peuple par ceux qu’expriment ses journaux. Pourquoi cette grande et sage nation prendrait-elle feu à propos d’une question qui, après tout, la touche assez peu, qu’elle a mal appréciée d’abord, parce qu’elle lui avait été présentée sous le jour le plus faux ? On voit tout de suite quelle atteinte aurait été portée à la considération de la France, à ses intérêts les plus permanens et les plus essentiels, si un proche parent de la maison régnante d’Angleterre fût venu s’asseoir sur un trône occupé depuis longues années par des rois issus du sang de nos princes. Pour l’Angleterre, au contraire, l’état de choses qui vient d’être constitué en Espagne est la continuation d’un passé dont elle n’avait jamais songé à se sentir blessée. De quoi se plaindrait-elle ? Ses plus grands ministres n’avaient jamais pensé jusqu’à présent à lui faire venir l’ambition de donner des rois à l’Espagne. Le maintien sur ce trône de la royale maison qui l’a toujours occupé n’empêchera pas sa légitime influence de s’exercer encore de l’autre côté des Pyrénées ; nous ne chercherons pas à l’y détruire ; le voudrions-nous, nous n’y réussirions probablement pas. Les enseignemens de l’histoire sont là ; ils nous apprennent que peu de temps après le traité d’Utrecht la France était en guerre avec l’Espagne, et qu’elle avait justement l’Angleterre pour alliée contre le monarque, petit-fils de Louis XIV. Il ne faut pas aujourd’hui de bien graves événemens pour rendre l’influence anglaise supérieure à la nôtre à Madrid. Chacun sait que les changemens de cabinet y sont assez fréquens ; pour peu que la discussion actuelle se prolonge encore, le jeu naturel des institutions dont l’Espagne est aujourd’hui dotée aura peut-être, avant qu’elle soit terminée, ramené au pouvoir les amis de l’Angleterre ; ce sera alors à notre tour d’être les battus dans cette affaire. Si cela doit nous arriver, espérons que nous y mettrons un peu de bonne grace et de patience ; on ne peut pas avoir des succès partout et toujours. Les plus habiles échouent quelquefois, et cela peut leur arriver sans honte. La chose vraiment fâcheuse pour un homme d’état qui voudrait laisser un nom considérable, ce serait d’avoir souvent et inutilement agité son pays, d’avoir couru incessamment après les grandes occasions dans un temps qui ne les comportait pas. Ce qui serait pire encore, ce serait de