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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/151

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figures les plus diverses, les plus irrégulières. Enfin M. Dujardin nous a fait connaître dans les rhizopodes des animaux recouverts d’un test, et dont le corps n’a pourtant aucune organisation définie. Une gromie, une milliole, veulent-elles grimper sur les parois polies d’un vase de verre, elles font à l’instant, et aux dépens de la substance qui les compose, une sorte de pied qui s’allonge et leur offre un point d’appui ; puis, le besoin satisfait, cet organe temporaire rentre dans la masse commune et se confond avec elle à peu près comme ferait un filament soulevé au-dessus d’un corps visqueux. Entre ces termes extrêmes et les animaux dont nous parlions tout à l’heure, il existe sans doute bien des intermédiaires ; car, ainsi que l’a dit Linné, la nature ne fait pas de sauts et procède toujours par nuances insensibles. Ici, plus que partout peut-être, l’expérience et l’observation doivent précéder toutes les conceptions théoriques.

Au reste, c’est en suivant ces deux guides infaillibles que la zoologie moderne est arrivée à un résultat qui semble être la contre-partie de ceux que nous venons d’indiquer. En même temps qu’elle découvrait dans les dernières séries animales une complication organique inattendue, elle reconnaissait que les groupes supérieurs eux-mêmes renferment des espèces dégradées qui semblent avoir perdu presque tous les caractères essentiels de leur type fondamental. En se plaçant à certains points de vue, on peut dire avec juste raison qu’il existe des mammifères, des oiseaux, des reptiles inférieurs. Cette proposition est vraie d’une manière absolue pour la classe des poissons. Le groupe des myxinoïdes et surtout l’amphioxus ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. Ce dernier est un petit poisson qui vit dans les sables de la mer, où il se cache et se meut avec une incroyable rapidité. Son corps, parfaitement transparent, se termine en pointe aux deux extrémités, circonstance qui lui a valu son nom. L’amphioxus a été trouvé sur les côtes de Cornouailles, dans la Baltique, à Naples. J’en ai pêché un très grand nombre à Messine, à quelques mètres du gouffre de Carybde. Il a été étudié successivement par Goodsir en Angleterre, par Costa en Italie, par Retzius, Rathke et surtout Müller en Allemagne. Enfin il a été de ma part l’objet d’une étude aussi détaillée qu’il m’a été possible, et aujourd’hui on peut en regarder l’organisation comme parfaitement connue. Eh bien ! l’amphioxus n’est bien certainement ni un mollusque, ni un annelé, ni un rayonné, et cependant à peine mérite-t-il le nom de vertébré. En effet, on a jusqu’à ce jour admis comme autant de particularités essentielles de cet embranchement la présence d’une colonne vertébrale, d’un cerveau, d’un cœur, d’un sang rouge. L’amphioxus ne possède ni cœur, ni cerveau proprement dit, ni colonne vertébrale distincte, et son sang est entièrement incolore. L’impulsion nécessaire