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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/136

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voyage. Armés chacun d’un bâton solide, nous commençâmes notre ascension. Un sentier déjà très rapide et tracé au milieu d’une poussière mobile nous conduisit, après trois quarts d’heure de marche, au-delà de la zone des vignes. Ici les difficultés augmentèrent. Le sol, de plus en plus incliné, devenait en même temps plus mouvant et était couvert de grands chardons dont les épines aiguës traversaient à chaque pas nos légers vêtemens. Bientôt nous fûmes à l’abri des atteintes de ces piquans végétaux ; toute trace de végétation disparut, et nous ne vîmes plus autour de nous que de vieilles traînées de laves dont les aspérités tantôt se montraient à nu comme d’énormes scories, tantôt disparaissaient sous des cendres noires et chaudes que nous sentions fuir sous nos pieds à chaque effort fait pour avancer. Cette partie du voyage fut vraiment très pénible, et il nous fallut plus d’une heure pour atteindre le sommet oriental de l’île. Là nous trouvâmes une arête étroite comme l’angle d’un toit, et dont les deux versans s’inclinaient chacun d’un côté. Celui de gauche conduisait aux régions que nous venions de quitter. Celui de droite, dont l’inclinaison était strictement celle que prennent des matières mobiles abandonnées aux lois de la pesanteur, présentait une surface tout unie terminée par une roche placée à quinze cents pieds au-dessous de nous et surplombant un précipice à pic. Nous franchîmes rapidement ce passage et atteignîmes le sommet du vieux cône qui domine de plus de six cents pieds le cratère moderne ouvert sur ses flancs écroulés. Comme s’il eût voulu fêter notre arrivée, le volcan nous salua par une éruption. Nous vîmes l’abîme s’embraser à nos pieds, et une magnifique gerbe de feu s’éleva vers nous avec un fracas comparable à des décharges répétées d’artillerie.

Placés comme nous l’étions immédiatement au-dessus du cratère, et ne pouvant avancer assez sur ce sol mouvant, nous étions gênés dans nos observations par la montagne même. Des nuages imprégnés de vapeurs suffocantes nous entouraient en outre à chaque instant. Pour les éviter, nous descendîmes sur une arête latérale, et pûmes alors contempler à loisir la scène désolée qui se déployait sous nos yeux. Trois enceintes concentriques, dont les deux extérieures ne subsistent plus qu’en partie, se courbent autour de la bouche volcanique. Derrière nous, des pentes rapides s’étendaient jusqu’aux régions cultivées que nous venions de traverser si péniblement, et qui, vues d’en haut, présentaient l’aspect d’une plaine. A gauche, nos regards s’arrêtaient sur le pic le plus élevé de l’île, reste de la plus ancienne et de la plus extérieure des trois enceintes, dont nous séparait un ravin profond. A droite se trouvait le mamelon que nous venions de quitter. En face, l’arête qui nous portait se courbait en demi-cercle jusqu’à une masse de laves suspendues