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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1170

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mens gardant encore toute leur force. » Cette stipulation, écrite en 1831 dans l’intérêt de la créance, est justement celle qu’on invoquerait aujourd’hui pour se libérer. L’incorporation de Cracovie a bien et dûment déchiré les traités de Vienne ; ces traités n’existant plus, l’obligation pécuniaire contractée par le gouvernement anglais envers le gouvernement russe a du même moment cessé d’exister. Telles sont littéralement les résolutions soumises par M. Hume à l’approbation du parlement, et l’on a beaucoup remarqué que lord Sandon, un des amis de sir Robert Peel, avait expressément appuyé la motion. L’ancien ministre, néanmoins, ne s’est pas laissé engager ; il vient de prendre parti pour la politique du cabinet whig de la manière la plus nette. Le débat ne paraît, donc pas devoir tourner en faveur des propositions de M. Hume. Celles-ci sont pourtant basées sur la lettre aussi bien que sur l’esprit du traité de 1831 ; elles sont dans le droit strict de l’Angleterre, et la question de légalité n’a pas même été abordée par les adversaires qu’elles ont trouvés soit aux communes, soit dans la presse. Lord John Russell, dans un très beau et très habile discours, a caractérisé fort énergiquement la conduite des puissances du Nord à l’égard de la Pologne ; mais il a passé très vite sur la clause générale introduite par le cabinet de Saint-Pétersbourg dans le texte des conventions de 1831, et, tout en avouant qu’à la rigueur elle pouvait compter comme obligatoire, il a déclaré qu’il ne croyait point équitable de tourner ainsi contre la Russie une stipulation que l’Angleterre elle-même n’avait point exigée. L’argument d’équité était au moins médiocre ; lord John Russell eu a trouvé d’autres plus spécieux, dont il a tiré meilleur parti. La chambre pouvait bien donner son opinion sur la situation extérieure, et il ne craignait pas de déclarer solennellement qu’il avait les mêmes sentimens qu’elle ; mais la chambre pouvait-elle immédiatement transformer cette opinion en un fait diplomatique, et, empiétant sur la prérogative de la couronne, décider ainsi du sort des traités ? D’un autre côté, fallait-il laisser croire que l’indignation causée en Angleterre par la ruine de la Pologne se traduisait ainsi en question d’argent, et aboutissait, par une mesquine chicane, à un bénéfice net de quelques milliers de livres ? Les scrupules de droit constitutionnel sont toujours très puissans sur l’esprit anglais, et rien ne le flatte comme de donner beaucoup à penser de sa loyauté. Lord John Russell a touché cette double corde en homme qui connaît à la fois le parlement et le pays. Au fond, il ne veut pas, jusqu’à nouvel ordre, d’embarras extérieurs, et il fera beaucoup pour ne point en provoquer. L’appui que lui a prêté sir Robert Peel ne peut que l’encourager à garder vis-à-vis des puissances du Nord une attitude malheureusement trop équivoque dans l’intérêt général de l’Europe constitutionnelle.

La situation intérieure a donc particulièrement préoccupé le gouvernement et les chambres britanniques durant ces dernières semaines ; l’effroyable détresse de l’Irlande a, plus que jamais, absorbé l’attention publique. Nous avons expliqué longuement le sens et l’effet des mesures provisoires ou permanentes proposées par le cabinet pour le salut de ces malheureuses populations. La discussion, qui continue toujours au parlement et dans les journaux, amène insensiblement une révolution morale dans la pensée publique. Les souffrances de l’Irlande sont devenues si cruelles, qu’elles triomphent des préjugés ou des antipathies de l’Angleterre, comme en Irlande même elles ont triomphé de la fureur des factions. La rente hebdomadaire du rappel est tombée à 6 livres, 2 livres de moins que