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Le cabinet n’a pu se faire illusion sur la vivacité des débats que soulèverait sa demande d’un crédit de 3 millions pour l’établissement des camps agricoles ; mais il n’a pas voulu refuser à M. le maréchal Bugeaud d’appeler par un projet spécial l’attention de la chambre sur un système qui est l’objet des prédilections particulières du duc d’Isly. Ce projet sera un terrain de discussion, un champ de bataille sur lequel vont se produire et se heurter les idées les plus diverses. Puisse la lumière jaillir du choc ! En attendant, nous constaterons que, si aucun grand système n’a su encore rallier les convictions du gouvernement et des chambres, nous avons déjà en Afrique obtenu des résultats positifs qu’il y aurait injustice et ignorance à contester. L’accroissement de la population civile et européenne en Algérie suit une progression qui peut paraître lente, mais qui ne s’interrompt pas. On comptait, au premier trimestre de 1845, 75,122 individus ; au second trimestre, 80,070 ; au troisième, 85,297 ; au quatrième, 90,391. En 1846, on comptait, au premier trimestre, 95,321 ; au second, 99,806 ; au troisième, 102,680 ; au quatrième, 105,542. La population augmente, les consommations de cette population augmentent également, et cependant l’importation de plusieurs produits alimentaires diminue. L’explication de ce contraste est principalement dans les progrès de la culture des terres. Les terres actuellement mises en culture par une population agricole d’environ 20,000 individus occupent une superficie de 13,227 hectares dans la province d’Alger, de 2,277 dans la province d’Oran, de 2,840 dans celle de Constantine. Le total des terres cultivées s’élève à 18,344 hectares. Dans le cours de l’année 1846 seulement, il a été approuvé 6 concessions provisoires au-dessus de 100 hectares, 199 au-dessous de 100, 249 concessions définitives au-dessous de 100 hectares. 27 nouveaux centres de population ont été créés dans la province d’Alger depuis la conquête ; 6 villes anciennes ont été reconstruites ; une population européenne de 73,000 ames s’est constituée dans cette province. Dans la province d’’Oran, 8 centres nouveaux ont été créés ; 3 villes ont été relevées ; une population européenne de plus de 22,000 ames s’est établie. Dans la province de Constantine enfin, une ville toute nouvelle a été fondée ; 5 villages agricoles ont été créés. Ces premiers jalons de notre domination se rattachent à un plan d’ensemble. D’importantes mesures ont été prises pour donner la salubrité, la sécurité à ces diverses localités ; elles ont été la cause et le principe de la prospérité des centres de population fondés en Algérie.

Cette prospérité a eu sans doute à subir et peut subir encore des épreuves diverses ; mais n’est-il pas juste de remarquer que, si elle a été entravée, c’est surtout par les excès ou l’aveuglement des spéculations privées, dont le gouvernement ne peut prévenir ou réparer les désastres qu’à la faveur d’une législation exceptionnelle, dont beaucoup de personnes voudraient cependant contester la nécessité ? Les progrès de l’industrie et l’ensemble du mouvement commercial prouvent, au reste, que ces causes de malaise n’ont qu’une influence passagère. L’ensemble du mouvement commercial a atteint, en 1845, le chiffre de 109, 851, 000 francs, supérieur de 18, 937, 000 francs au chiffre de 1844. Les importations de France se sont accrues de 16 millions et demi à la faveur de la législation spéciale de 1843. Les importations des pays étrangers ont diminué à la faveur de cette même législation, qui a aussi augmenté considérablement au profit de l’Algérie et de la France le mouvement général de la navigation.

Il est une erreur contre laquelle on ne saurait trop s’élever dans l’intérêt de notre établissement en Algérie, c’est l’erreur de ceux qui demandent l’introduc-