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cent soixante lieues) la distance de Suze à Persépolis ; or, Schouster n’est qu’à cent dix-sept lieues des ruines persépolitaines, et de ces ruines à Shoush on compte au moins cent quarante lieues à vol d’oiseau.

L’ouvrage de M. de Bode mérite, on le voit, une place distinguée parmi les travaux importans dont l’Asie a été le sujet depuis un demi-siècle. Aujourd’hui plus que jamais, de pareilles recherches ont droit à la reconnaissance du public savant. L’attention de l’Europe se tourne et se concentre de plus en plus vers ces contrées, qui ouvrent un si vaste champ à la curiosité des explorateurs. Jamais de plus nombreux pionniers n’ont parcouru l’Asie dans tous les sens. Ce sont d’abord Niebuhr et Kinneir qui éclairent la route jusqu’au tombeau de Cyrus et aux rives du Bend-Emir ; grace à Heeren et à Ker-Porter, le palais de Xercès se relève, pour ainsi dire, devant nous, et ses nobles débris n’ont plus de mystères. L’énergie, la persévérance d’un consul français, M. Botta, secondées par le crayon de M. Flandin, évoquent Ninive, qui semblait enfouie sous la poussière des siècles. Enfin M. de Bode retrouve l’antique Suze et reconnaît, de Babylone à Persépolis, les traces d’Alexandre. En présence de tant d’efforts patiens et d’heureuses découvertes, on aime à répéter ces paroles du savant Heeren, qui les expliquent et qui formulent une conviction devenue aujourd’hui commune : « Plus nous remontons dans l’histoire, plus nous comparons les traditions des peuples sur leur origine et leurs premières destinées, plus aussi nous nous voyons ramenés constamment à l’Asie, et plus il devient vraisemblable que ce fut là le berceau du genre humain, comme ce fut aussi, il faut l’avouer, le berceau de toutes les sciences et la patrie de toutes les religions, qui, en se propageant, se sont élevées jusqu’au rang de religions dominantes. Aucune partie de l’ancien monde n’est donc plus digne que l’Asie d’attirer l’attention de l’antiquaire et chi philosophe, qui ne se bornent pas seulement à l’étude de quelques peuples isolés, mais qui veulent arriver à des conclusions générales sur l’histoire universelle de l’humanité. »


E. DE WARREN.