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ou à prendre parfois de lui-même et sans ordre des résolutions assez graves pour compromettre sa responsabilité.

Une situation aussi ardue, aussi extraordinaire, ne le trouva pas au-dessous des devoirs qu’elle lui imposait. Toujours actif, toujours ferme au milieu des circonstances les plus décourageantes, toujours prompt à adopter et à suggérer les expédiens appropriés à un état de choses qui ne cessait de se modifier et de s’aggraver, et cependant calme, prudent, maître de lui, résistant à tout entraînement, bien que peut-être un peu prompt à se rattacher aux moindres lueurs d’espérance, on le vit, durant une année entière, poursuivre avec une persévérance et une patience exemplaires un but qui fuyait sans cesse devant ses efforts. D’accord avec les agens de la Russie, il essayait d’amener l’Autriche à se joindre aux puissances coalisées contre Napoléon ; mais, moins jaloux d’un succès diplomatique apparent que des conséquences réelles de ce succès, comprenant que, si l’adhésion du gouvernement autrichien à l’alliance européenne n’était pas entière, sans réserve, mûrement préparée et appuyée de mesures énergiques, elle aurait plus d’inconvéniens que d’avantages, il se gardait bien de travailler à l’arracher par surprise, par séduction ou par intimidation, aux irrésolutions du cabinet de Vienne. Il voulait que, si ce cabinet prenait le parti de la guerre, ce fût en pleine connaissance de cause, avec le sentiment et la confiance de sa force. Loin de penser à profiter des penchans belliqueux du comte de Stadion pour l’engager peu à peu dans la coalition, il l’avertissait, avec autant de loyauté que de sens, qu’alors même qu’il serait possible de décider l’empereur à prendre les armes malgré l’opposition de l’archiduc Charles, il faudrait s’en abstenir, que la première chose à faire, c’était de persuader cet illustre guerrier, et qu’une entreprise aussi hardie tentée contre son opinion, par conséquent sans l’appui de sa puissante influence, serait une véritable témérité. En même temps qu’il agissait ainsi sur la cour de Vienne, il se mettait en relations avec le cabinet prussien, auprès duquel l’Angleterre, naguère brouillée avec la Prusse, n’avait pas encore accrédité d’agent officiel ; il se hasardait, sous sa responsabilité, à lui avancer des sommes d’argent assez considérables pour lui donner les moyens de pourvoir à la défense des places de la Silésie, menacées de tomber entre les mains des Français. Puis, lorsqu’un envoyé britannique fut arrivé, non pas à Berlin, déjà conquis, mais dans le camp du roi de Prusse, il ouvrit avec lui une correspondance suivie, comme aussi avec les envoyés anglais à Saint-Pétersbourg et à Constantinople, leur transmettant non-seulement toutes les informations qui pouvaient leur être utiles, mais encore les idées que lui suggérait son zèle infatigable pour le succès de la cause commune, et s’efforçant de suppléer par ce concert aux instructions que la cabinet de Londres était souvent dans l’impossibilité