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— Tant mieux ! me dis-je, un bon toit comme celui-là qui n’abrite personne, c’est du bien perdu !

Je vis, de jour en jour, la maison changer d’aspect ; des caisses de fleurs vinrent cacher la nudité des murs. Un parterre fut dessiné devant le perron ; les allées, débarrassées des mauvaises herbes, furent sablées, et de la mousseline blanche comme la neige brillait au soleil, quand il dardait sur les fenêtres. Un jour enfin, une voiture de poste traversa le village et vint s’arrêter dans l’enclos de la petite maison. Qui étaient ces étrangers ? nul ne le savait ; mais chacun, au village, désirait le savoir. Pendant long-temps, rien ne se répandit au dehors de ce qui se passait dans cette demeure ; on voyait seulement les rosiers fleurir et le gazon verdoyer. Que de commentaires on fit sur ce mystère ! C’étaient des aventuriers qui se cachaient ; c’étaient un jeune homme et sa maîtresse ; enfin on devina tout, hors la vérité. La vérité est si simple, qu’on ne songe pas toujours à elle ; une fois l’esprit en mouvement, il cherche à droite, à gauche, il ne pense pas à regarder tout droit devant lui. Moi, je m’agitai peu. N’importe qui est là, me disais-je, ce sont des hommes, donc ils ne seront pas long-temps sans souffrir, et l’on m’enverra chercher. J’attendis patiemment.

En effet, un matin, on vint me dire que M. William Meredith me priait de me rendre chez lui. Je fis ma plus belle toilette d’alors, et, tâchant de me donner une gravité analogue à mon état, je traversai tout le village, non sans me sentir un peu fier de mon importance. Je fis bien des envieux ce jour-là ! On se mit sur le seuil des portes pour me voir passer. « Il va à la maison blanche ! » se disait-on ; et moi, sans me hâter, dédaignant en apparence une vulgaire curiosité, je marchais lentement, saluant mes voisins les paysans, en leur disant : « A revoir, mes amis, à revoir plus tard, ce matin j’ai affaire, » et j’arrivai ainsi là-haut sur la colline.

Lorsque j’entrai dans le salon de cette mystérieuse maison, je fus réjoui du spectacle qui frappa mes regards : tout était à la fois simple et élégant. Le plus bel ornement de cette pièce était des fleurs ; elles étaient si artistement arrangées, que de l’or n’eût pas mieux paré l’intérieur de cette demeure : de la mousseline blanche aux fenêtres, de la percale blanche sur les fauteuils, c’était tout ; mais il y avait des roses, des jasmins, des fleurs de toutes sortes, comme dans un jardin. Le jour était adouci par les rideaux des fenêtres, l’air était rempli de la bonne odeur des fleurs, et, blottie sur un sofa, une jeune fille ou une jeune femme, blanche et fraîche comme tout ce qui l’entourait, m’accueillit avec un sourire. Un beau jeune homme, qui était assis sur un tabouret près d’elle, se leva, quand on eut annoncé le docteur Barnabé.

— Monsieur, me dit-il avec un accent étranger très fortement marqué, ici on parle tant de votre science, que je m’attendais à voir entrer un vieillard.