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LE SALTEADOR


SCENES DU DESERT ET DE LA VIE MEXICAINE




I.

Le moment approchait pour moi de dire adieu à la vie du désert. Je ne voulais pas cependant reprendre la route d’Hermosillo sans avoir visité le préside de Tubac. C’était le terme que j’avais fixé à ma longue excursion dans les solitudes mexicaines. Les rencontres, les incidens variés qui avaient marqué la première partie de mon voyage[1], n’étaient pas faits pour lasser ma curiosité. Aussi le jour du départ me trouva-t-il tout prêt, tout disposé à braver de nouveaux périls et de nouvelles fatigues. Je ne regrettais qu’une chose : l’avouerai-je ? c’était de trop bien connaître le terrain où j’allais marcher. L’imprévu avait été jusqu’à ce jour le plus grand charme de mes explorations aventureuses, et l’imprévu n’allait-il pas me manquer ? — La Sonora, me disais-je, n’a plus rien à m’apprendre. – Je me trompais : le hasard me devait montrer encore deux faces nouvelles d’un monde dont je croyais avoir pénétré tous les mystères. Après une visite aux prairies illustrées par Cooper, où je pourrais admirer la vie sauvage dans toute l’indépendance et la fierté de ses allures, il m’était réservé de contempler dans une petite ville plus rapprochée des provinces centrales, à la foire de San-Juan de los Lagos, la lutte de la barbarie et de la civilisation représentées, comme elles le sont trop souvent au Mexique, par leurs plus tristes abus, par leurs plus impurs élémens.

  1. Voyez les divers articles de cette série dans les livraisons des 15 avril, 15 juin, 15 juillet, 15 août, 1er octobre et 1er novembre 1846.