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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1090

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habituellement opposés. La cour de Sardaigne exerce, depuis 1844, une influence prépondérante dans le Valais. Le parti qui, dans les districts manufacturiers de la Suisse septentrionale, demande une étroite association commerciale avec les états limitrophes allemands, ne paraît avoir aucune chance de rallier à ses vues l’ensemble des populations helvétiques. Les Suisses préfèrent le maintien de la liberté illimitée des transactions, avec tous les inconvéniens qu’elle entraîne, aux chaînes qu’imposeraient une accession indirecte au Zollverein et l’établissement autour de leur pays d’un cordon de douanes, dût le tarif en être simplement fiscal et n’impliquer aucune idée de protection.

On nous demandera maintenant ce que, dans notre opinion, il importe à la Suisse de faire, soit pour sa constitution fédérale, soit pour l’organisation particulière de chacun de ses cantons, soit enfin vis-à-vis des puissances dont les états environnent la confédération. Nos réponses seront dictées par un sentiment que nous croyons exact, autant que bienveillant, des véritables intérêts d’un pays où rien ne se prête, sans injustice et violence, à des conclusions absolues, où la domination d’aucun système exclusif ne pourrait s’établir sans faire un outrage irréparable au droit.

Vis-à-vis des pays étrangers, les devoirs de la Suisse se trouvent tracés par les stipulations formelles des traités sur lesquels repose l’admission de la république dans la famille des peuples européens ; mais il ne lui suffit pas de s’interdire toute agression, même indirecte ou détournée, contre les états limitrophes : le douloureux exemple de l’ancienne Pologne lui enseigne que l’anarchie ne saurait vivre en paix avec personne, et que la désorganisation permanente attire sur une contrée les entreprises des pays plus vigoureusement constitués qui sont en contact avec elle. Les voisins de la Suisse ne lui demanderont, s’ils sont justes, qu’une seule chose considérable : c’est d’exister. La mauvaise foi vînt-elle à entrer dans les conseils de quelques-uns de ces pays, il ne se peut que tous s’entendent pour refuser à la Suisse la faculté de vivre, et l’événement d’une coalition analogue à celle de 1772 ne semble point à redouter aujourd’hui. Toutefois la confédération ne doit pas oublier que le temps peut souvent transformer en raison ce qui n’était d’abord qu’un prétexte. C’est, par conséquent, au rétablissement de l’ordre intérieur que se lie pour elle la conservation de la sécurité extérieure.

Les principes qui ont, en 1803, servi de base à l’acte de médiation nous semblent offrir une lumière secourable pour sortir des complications créées aujourd’hui par le pacte fédéral. Il est indispensable de conserver aux cantons, chacun chez soi, une indépendance administrative complète ; mais, dans l’expression légale du vœu national, toutes