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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1084

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après la chute du gouvernement genevois, qu’on ne pourrait éviter de faire des concessions aux opinions populaires. Toutefois, dans cette réforme, conduite avec beaucoup d’ordre et de lenteur, on ne sacrifiera, selon toute apparence, que les principes des anciens corps de maîtrises, les privilèges des anciennes tribus et les derniers restes d’une organisation municipale arrêtée dans le moyen-âge, avec tout son cortége de lois privées et d’exclusions ; la ville gardera, d’ailleurs, son autonomie, et la fusion avec le demi-canton de Bâle-Campagne, espérée par les chefs du parti radical, ne semble encore nullement prochaine.

Le 1er janvier 1847, Berne a remplacé Zurich en qualité de canton directeur. L’ambassadeur dé France et le ministre d’Angleterre ont gardé leur résidence dans cette ville ; les autres plénipotentiaires des grands états de l’Europe se sont transportés à Berne. La situation financière de Berne, singulièrement embarrassée, peut, suivant la direction que prendront les idées populaires, pousser ce gouvernement à des mesures violentes ou le ramener dans la route économique des précautions. En exagérant le chiffre de toutes ses dépenses, afin d’assurer une existence supportable aux hommes sans patrimoine qui désormais occupent presque seuls les fonctions publiques, le gouvernement de Berne a fini par créer un déficit de 1,050,000 francs. Il a fallu pour le combler établir une taxe sur le revenu ; les contribuables, que l’ancien gouvernement ménageait singulièrement, et qui n’ont d’ailleurs pas lieu d’applaudir à la gestion actuelle des domaines publics, ne se soumettront pas sans murmures à une telle charge, qui paraît cependant justifiée par la nécessité. Cette mesure, dont l’Angleterre, la Hollande et plusieurs cantons de la Suisse elle-même peuvent citer d’honorables applications, se trouve dénaturée, il est vrai, par une seconde proposition, laquelle consiste à établir un impôt proportionnel sur les fortunes. Les petits patrimoines n’y contribueraient que fort peu ; mais le produit des grands domaines serait presque entièrement absorbé. L’adoption de ce projet constituerait une loi agraire de la nature la plus subversive, et réaliserait dans un état de près de quatre cent mille ames, au centre de l’Europe, les rêves les plus hardis des ennemis systématiques de l’ordre social, lequel repose principalement, chez les nations modernes, sur la garantie mutuelle et complète des propriétés.

Les ministres d’Autriche, de Prusse et de Russie, entrant avec le nouveau vorort en relations officielles, ont répété solennellement que le maintien des bons rapports de la Suisse avec leurs cours reposait sur une stricte observation du pacte fédéral de 1815. Ces dispositions n’étaient depuis long-temps douteuses pour personne ; mais, à côté de cette notification officielle, le silence gardé par l’ambassadeur de France et par le chargé d’affaires d’Angleterre acquiert une signification sérieuse,