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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/104

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réel, et il y a réussi, à mon avis. Non content de relever avec un soin minutieux les assertions inexactes, les erreurs de dates, les faux raisonnemens accumulés pour étayer le système qu’il voulait combattre, il a très bien expliqué les circonstances qui, dans l’origine, avaient pu lui donner une sorte de vraisemblance ; avec une bonne foi dans laquelle il entre beaucoup d’habileté, il a constaté la faible portion de réalité qui, comme il arrive presque toujours, avait servi de base à cet échafaudage fantastique. C’est ainsi qu’il reconnaît qu’à l’origine de la révolution française, Fox, entraîné par sa généreuse philanthropie, s’était complètement mépris, sinon sur les conséquences définitives, au moins sur les effets directs et immédiats de cette révolution, croyant en voir sortir, dès le premier moment, ce régime d’ordre, de liberté, de modération et de paix, auquel la France ne devait parvenir qu’après avoir traversé une sanglante anarchie et précipité l’Europe dans tant d’agitations et de guerres. Sir Robert Adair n’essaie pas non plus de dissimuler les exagérations, les emportemens de langage qui, dans l’ardeur d’une polémique soutenue de part et d’autre avec la plus extrême vivacité, ont parfois semblé justifier ceux qui accusaient Fox de se faire, aux dépens même de son pays, l’apologiste et le champion des démocrates français. Il explique, d’ailleurs, comment on a pu, sans mauvaise foi, confondre avec les sentimens de ce grand homme les opinions de certains personnages qui, professant des doctrines bien différentes et essentiellement hostiles à la constitution britannique, affectaient de se dire ses alliés, ses disciples, ses coreligionnaires politiques, tandis qu’en effet, le seul point de contact qu’ils eussent avec lui, c’était leur hostilité commune contre le ministère de Pitt. Comme sir Robert Adair le fait, très justement remarquer, ce ministère avait un grand intérêt à accréditer une telle erreur, si propre à dépopulariser Fox dans un temps où la terreur de la révolution française et la haine passionnée de ses imitateurs dominaient en Angleterre toute autre préoccupation, et, d’un autre côté, la fierté naturelle de Fox facilitait singulièrement la tactique de ses adversaires : rien n’eût pu le déterminer à une attitude de défense personnelle et d’apologie que la malveillance eût interprétée comme une humiliante rétractation.

Je le répète, les considérations générales auxquelles sir Robert Adair a recours pour écarter les accusations intentées à son illustre ami sont généralement péremptoires. Peut-être, cependant, un examen détaillé de la conduite et des discours de Fox pendant les premières années de notre révolution, à l’époque où la France était en proie à l’anarchie, justifierait-il des conclusions un peu plus sévères, même en tenant compte, comme cela est souverainement juste, des entraînemens de la lutte. Cet examen n’entrait pas, il est vrai, dans le plan que s’était tracé sir Robert Adair. Son ouvrage se réfère uniquement au temps du