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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1038

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pastorales, les bourgades paisibles de l’ancien évêché de Bâle. La lisière orientale a reçu les doctrines de la réformation ; tout le reste est demeuré catholique. La principauté de Neufchâtel vient ensuite avec sa population industrieuse et pressée, qu’une zone de hauts pâturages et de bois sépare en deux communautés parfaitement distinctes : les artisans des vallées intérieures et les vignerons des bords du lac ; tous sont protestans. Leurs voisins de Fribourg ont, au contraire, dans la Suisse occidentale, maintenu debout, avec une constante énergie, l’étendard du catholicisme. Leur canton occupe une bonne portion du plateau de l’Helvétie intérieure, et deux populations différentes s’y rencontrent ; mais les Allemands, bien que la fondation de l’état soit leur ouvrage, n’y sont, depuis long-temps, qu’une minorité. Au midi de ce canton, dont les ressources dérivent toutes de l’agriculture et de l’entretien des troupeaux, s’étend, entre le lac de Neufchâtel et celui de Genève, sur les pentes fertiles du Jura et jusqu’au cours torrentueux du Rhône, le riche et pittoresque territoire que ses habitans appelaient jadis avec une tendresse familière la « patrie » de Vaud. La zone riveraine du lac Léman renferme la population la plus dense, la plus active, la plus instruite du canton et peut-être même de toute la Suisse. La culture de la vigne, dans une exposition favorable, donne une valeur extraordinaire au sol ; mais le rôle commercial des villes est fort borné.

Le pays de Vaud appartient presque entièrement aux communions réformées ; dans celui de Genève, le protestantisme a cessé de présenter ce caractère de prépondérance exclusive auquel sa capitale doit une si haute signification historique. C’est à cette extrémité sud-ouest du territoire helvétique, sur la frontière commune de la France et de la Savoie, que se trouve la capitale industrielle et littéraire de la Suisse romande, la ville la plus considérable de toute la confédération. A l’autre bout du lac de Genève, dans la profonde vallée du Rhône, le Bas-Valais forme le domaine de l’idiome français en contact immédiat avec l’alemannique et le piémontais. Cette population pastorale et clairsemée, dont Martigny est le chef-lieu, ne diffère en rien d’essentiel de ses voisins de Savoie, dont elle a gardé la croyance catholique et les mœurs. Tout l’ensemble de la Suisse romande, partagé entre six états différens, compte à peu près quatre cent soixante mille habitans, dont cent soixante-dix mille sont catholiques.

Le rôle de la Suisse italienne est beaucoup moins considérable. Placée au-delà des limites naturelles de la confédération, dont les Alpes sont le boulevard vers le midi, cette petite contrée descend jusqu’à l’entrée des plaines de la Lombardie, touche au lac Majeur et enveloppe celui de Lugano. Le cours supérieur du Tessin et les affluens orientaux de cette grande rivière appartiennent aux deux républiques qui se sont partagé les anciens bailliages démembrés du Milanais pendant la domination