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Il est dans le monde bien des gens qui pensent se mettre en relief en niant avec aplomb toute découverte à laquelle leur entendement ne s’est pas associé, faute de volonté, de capacité ou de temps. La misérable gloire à laquelle ils aspirent ne peut exister pour ceux-là qu’autant que tout l’auditoire auquel ils s’adressent se trouve précisément composé d’indifférens ou de sots : mais, s’il advient que cet auditoire contienne quelque esprit calme qui pense que la négation n’est jamais une démonstration, il peut arriver que le sceptique fasse mauvaise route, et qu’il s’expose à des mécomptes d’autant plus pénibles pour son amour-propre, que plus il aura parlé haut, plus il souffrira de se voir réduit à parler bas.

Depuis la mort de Champollion, les études égyptiennes ont traversé des phases bien diverses. Jusqu’en 1843, elles ont paru tellement assoupies en France, que l’on pouvait presque croire à un abandon : les disciples de Champollion, découragés par les dédains moqueurs des ignorans de bonne ou de mauvaise foi, ne se hasardaient plus à faire du prosélytisme : ils se contentaient de déclarer franchement, à l’occasion, leur admiration pour la découverte de leur illustre maître, mais sans chercher à imposer aux autres cette admiration légitime. Hors de France, le feu sacré ne s’était pas éteint, et le Caire, New-York, Berlin, Leyde, Londres, Turin, Florence, comptaient de fervens adeptes dont toute l’intelligence était dévouée au progrès des études égyptiennes. Le roi de Prusse avait confié au docteur Lepsius la direction d’une exploration archéologique sur les bords du Nil, et les premiers résultats des recherches de la commission prussienne excitaient au plus haut point l’ardeur de tous les égyptologues. En France, où depuis quelques années, on se bornait à voir publier avec indifférence les manuscrits précieux laissés par Champollion, des hommes studieux se décidèrent, d’un commun accord et presque inopinément, à rentrer sur le terrain si rude qu’un Français avait eu le premier l’honneur d’explorer. Étudier et s’assimiler tout ce qui jusqu’à ce jour était acquis à la science fut nécessairement leur premier soin comme leur premier devoir ; une fois initiés, ils ont à leur tour tenté la voie des découvertes. Déjà des résultats sont obtenus. C’est un Français qui avait découvert la clé des hiéroglyphes, c’est un Français aussi qui est parvenu à lire l’écriture démotique et à fixer, à l’aide d’une méthode raisonnée, les analogies et surtout les dissemblances des deux systèmes d’écriture comme des deux idiomes sacré et vulgaire de l’antique Égypte. L’histoire n’a pas été moins ardemment étudiée que la philosophie. Dans un récent voyage en Égypte, M. Ampère a réussi à rassembler les matériaux les plus intéressans, qu’il doit employer à reconstruire l’histoire intime de la famille sous les Pharaons. En même temps qu’il étudiait, en les coordonnant, tous les faits de la vie égyptienne, il a recueilli avec un zèle et une patience in-