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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/939

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collaboration des poètes et des érudits de la principauté. El Liceo a eu pour rédacteurs MM. Moron, Sapater et Cepeda, connus déjà par leurs travaux d’économie politique et d’histoire. Dans la Alambra, M. Lafuente y Alcantara a également publié ses premières études ; mais parmi les recueils de province, c’est à la Civilizacion de Barcelone qu’il convient d’assigner le premier rang. Depuis long-temps déjà el Liceo et la Alambra ont cessé de paraître ; la revue catalane a tenu ferme, en dépit des bombardemens et de l’état de siège. Tout récemment, en adoptant un format plus considérable, la Civilizacion a changé de titre ; elle se nomme aujourd’hui la Sociedad. A force de lutter contre l’esprit exclusif du négoce, la Sociedad est parvenue à réhabiliter en Catalogne les travaux de l’intelligence, qui autrefois y étaient si florissans. Le directeur de la Sociedad est un jeune chanoine du clergé de Vich, don Jaime Balmes, sur qui l’Espagne compte le plus en ce moment, et selon nous à bon droit, pour prouver à l’Europe qu’elle n’est point aussi étrangère qu’on a bien voulu le prétendre aux plus sévères investigations de la philosophie.

Peu à peu la centralisation se constitue dans la Péninsule, et avant même qu’elle en ait pu recueillir les moindres avantages, l’Espagne en subit déjà les plus tristes inconvéniens. C’est maintenant à Madrid que la jeunesse aspire à faire ses preuves ; comme à Paris et à Londres, les rivalités littéraires s’y produisent dans leur triple arène, le livre, la revue, le journal. Les poètes y forment des pléiades complètes ; les historiens et les philosophes s’y divisent en écoles, les publicistes en partis. Il ne subsiste plus de lycées, en province, où se soient maintenues les études sérieuses : les arts d’agrément et les plus frivoles genres de la littérature y ont tout-à-fait pris le dessus. Les lycées ne sont plus que des réunions bruyantes qui rappellent assez exactement, sous quelques rapports, nos cercles du XVIIIe siècle ; quand la guerre civile et l’émeute n’y mettent point obstacle, la société élégante s’y donne des fêtes somptueuses ; les poésies légères et les représentations dramatiques y alternent avec la musique instrumentale et le chant. Cependant de ce qu’ils ont ainsi dégénéré, il ne faut point se hâter de conclure que les lycées n’exercent plus aucune influence sur les mœurs ni sur les opinions : comme, après tout, les fêtes dont nous venons de parler ne peuvent avoir lieu que l’on ne commence par se concerter et s’entendre, les idées d’association se répandent chaque jour davantage ; les antiques préjugés s’affaiblissent et disparaissent ; tous les rangs se rapprochent et cherchent enfin sérieusement à se connaître ; constamment exercée et tenue en éveil, l’imagination, qui dans ce pays s’est de tout temps créé des horizons assez vastes, s’habitue à plier sous les lois sévères de la raison et du goût. Et d’ailleurs, pour adoucir les mœurs, pour polir les manières, a-t-on jusqu’ici rien trouvé de mieux que les exquises jouissances de l’art ? Ce n’est pas tout : les lycées de province ont conservé leurs cabinets de lecture et leurs petites bibliothèques ; dans le plus grand nombre, l’instruction primaire est encore généreusement et abondamment dispensée. Pour y réinstaller l’enseignement de