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fatigues, n’ont jamais reçu la moindre indemnité. On a comparé l’Athénée de Madrid au Lycée, où Laharpe a prononcé ses premières leçons de littérature ; ce serait en donner une idée fort inexacte que de s’en tenir à un tel rapprochement. L’Athénée actuel ne ressemble pas davantage à ce qu’il était en 1823 : il s’est réorganisé sur le modèle même de la Sorbonne et du Collège de France ; les langues mortes, les langues vivantes, et jusqu’à celles de l’Orient, les lettres et quelques-unes des sciences exactes et naturelles, toutes les facultés en un mot y ont leurs représentans. Depuis 1833, les chaires ont été confiées aux réputations les mieux établies de l’Espagne : MM. Martinez de la Rosa, Alberto Lista, Alcala-Galiano, Pedro Pidal, Gonzalo Moron, Fernando Corradi, Serafin Calderon, Pascual Gayangos, Mieg, Donoso-Cortès, Antonio Benavidès, etc., y ont tour à tour professé la littérature, l’histoire et la philosophie de l’histoire, le droit et la philosophie du droit, la philosophie pure, l’anatomie, la chimie, les mathématiques, les antiquités chrétiennes et arabes. A l’exception de don Fernando Corradi, ce courageux rédacteur de l’Éco del Comercio, qui jusqu’au bout a protesté contre le régime Bravo, tous les professeurs appartiennent au parti modéré ou à cette fraction du parti progressiste étroitement unie aujourd’hui avec les modérés. Naguère encore, avant les derniers événemens, ils exerçaient pour la plupart aux cortès une influence prépondérante : ce sont MM. Pidal, Martinez de la Rosa, Moron, Donoso-Cortès et tous leurs amis qui, dans les discussions de décembre, ont assuré la victoire à M. Gonzalez-Bravo. Depuis l’ajournement des cortès, ils occupent les positions principales dans les ministères, dans les ambassades, dans ces commissions nombreuses qui en ce moment élaborent des codes entiers de lois civiles et de lois politiques. Avec eux, les idées elles-mêmes sont entrées aux affaires ; mais nous craignons fort, si l’on n’y prend garde, qu’elles ne viennent à souffrir d’un pareil avènement. Presque tous, durant les dernières agitations, ont été contraints de suspendre leurs cours, et comme la crise est encore loin de toucher à son terme, il en est peu qui, à l’heure où nous écrivons, soient remontés dans leurs chaires. C’est là une calamité pour l’Espagne : ni les violences des partis, ni les excès de la guerre, n’ont pu étouffer l’ardente émulation dont les jeunes esprits se sont enflammés à leur exemple ; malheureusement, dans ces rudes voies de la science, où l’on s’est engagé avec un si noble enthousiasme, on n’est pas même à moitié route. Comment les disciples conserveraient-ils le moindre courage, si les maîtres se laissent distraire par leurs ambitions personnelles et ne vont pas résolument jusqu’au bout ?

C’est sur le plan de l’Athénée de Madrid que se sont fondés les lycées de province, parmi lesquels on avait d’abord particulièrement distingué ceux de Barcelone, de Saint-Sébastien, de Grenade, et surtout celui de Valence, qui en très peu de temps acquit une importance véritable par l’enseignement de l’histoire, de l’économie politique, de l’anatomie. Dans les premières années, chaque lycée possédait une revue mensuelle, — à Valence el Liceo, à Barcelone la Civitizacion, la Alambra à Grenade, — qui sollicitait la