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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/925

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Buenos-Ayres, le ministre a fait de grands efforts pour établir que la situation actuelle n’a pas été créée par le fait de la France, et que dès-lors les passions de quelques nationaux ne sauraient la contraindre à s’engager dans une querelle lointaine, sans intérêt direct pour elle-même.

Malgré l’habileté de cette réponse, une partie de l’émotion produite par la parole ardente de M. Thiers subsistait encore au sein de l’assemblée, et peut-être n’aurait-il pas été impossible d’obtenir un vote destiné à couvrir sur ces plages étrangères la sécurité de nos nationaux. M. Thiers s’est refusé à engager un combat sur un semblable terrain, et les nouvelles explications de M. Guizot ont été acceptées comme suffisantes. La discussion a été, après ce débat, close sur les crédits supplémentaires réclamés par M. le ministre des affaires étrangères. Ainsi s’est terminée, sans résultat effectif, la dernière lutte politique possible dans la présente session.

La vivacité si inattendue de ce débat n’empêche pas les préoccupations de la chambre de se porter sur le budget de la marine, qui ne peut manquer de devenir, à l’occasion des crédits supplémentaires réclamés par ce département, le sujet d’une discussion approfondie. Huit millions ont encore été demandés depuis le dépôt du projet que la chambre discute en ce moment, à cette fin de solder des dépenses déjà faites en dehors des chapitres du budget pour lesquels les ministres sont autorisés à faire ouvrir par ordonnance des crédits extraordinaires. L’immensité de ces dépenses, qui jusqu’ici échappent à tout contrôle sérieux, sera mise en regard de la médiocrité des résultats obtenus. On s’attend à des allusions directes à une publication dont nous nous honorerons constamment d’avoir pris l’initiative. En agissant ainsi, nous avions, en effet, la pleine conscience de servir à la fois et les intérêts de la marine française et ceux de la dynastie que la France s’est donnée. Au point de vue maritime, ces réflexions générales sur l’ensemble de l’un des grands services de l’état n’excèdent pas la mesure de liberté laissée à tous les hommes compétens ; elles ne se rapportent pas à une mission déterminée, et une telle appréciation contrarie si peu les règles et l’esprit de la hiérarchie militaire, qu’on n’eût pas même songé à s’en étonner, si elle était sortie de la plume d’un officier-général placé dans une situation différente. Au point de vue politique, nous remercierons respectueusement le noble prince qui a prouvé que son cœur battait à l’unisson des nôtres, et qu’il comprenait comme la France elle-même les conditions de sa grandeur et de sa mission. Aussi, avons-nous la ferme croyance, pour ne pas dire la certitude, que si l’improbation inattendue et surtout bien tardive d’un journal ministériel est venue frapper cette publication, elle a été inspirée par un intérêt tout autre que celui qui s’attache aux bases permanentes de notre établissement monarchique.